Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...
Voilà l’un des problèmes majeurs de la gauche actuelle : son incapacité à repenser le système économique dans sa globalité. La seule réponse désormais avancée consiste à taxer les riches ou les multinationales.
Or, quasiment aucune des propositions mises en avant n’est réellement applicable — à l’exception éventuelle d’une réduction des niches fiscales, qui risquerait d’ailleurs d’affecter en priorité les classes moyennes supérieures — sans la mise en place préalable d’un contrôle strict des capitaux. Une telle mesure impliquerait nécessairement une sortie du marché unique, voire de l’Union européenne elle-même. Par ailleurs, la solution présentée comme « magique », selon laquelle une taxation de 10 % du patrimoine des 1 % les plus riches permettrait de faire entrer 300 milliards d’euros dans les caisses publiques, relève largement de l’illusion[1].
De surcroît, la taxation du patrimoine des ultra-riches suppose implicitement que leur fortune continue d’augmenter afin de générer des ressources fiscales supplémentaires. Une hypothèse qui entre en contradiction directe avec les objectifs affichés de la gauche, censée vouloir réduire les inégalités de richesse et de pouvoir.
Il ne s’agit évidemment pas de laisser les riches et les multinationales tranquilles. La taxation des plus fortunés et des grandes entreprises peut constituer un levier utile pour mieux répartir la charge fiscale, aujourd’hui supportée en grande partie par les classes moyennes et les TPE-PME. Mais elle ne peut en aucun cas tenir lieu de solution unique ou définitive.
Plutôt que de se limiter à cette approche, la gauche ferait mieux de revenir aux fondements du socialisme, en visant à terme la socialisation des moyens de production. Il est sans doute plus cohérent d’empêcher la formation de grandes fortunes, de reprendre le contrôle des multinationales par la planification et la socialisation, que de chercher en permanence à les taxer après coup.
Nicolas Maxime
[1] Par exemple, dans le débat public en France, l’économiste Thomas Piketty et d’autres militants de la justice fiscale ont évoqué l’idée qu’une « taxe exceptionnelle de 10 % » sur les plus grandes fortunes pourrait rapporter des sommes considérables, une estimation critiquée comme largement théorique et surestimée par ses adversaires. Voir Thomas Piketty, Capital et idéologie, Seuil, 2019.