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Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...

De l’État-Providence à l’État Protecteur : la marchandisation programmée de la Sécurité sociale

Après avoir reculé l’âge légal de départ à la retraite de 62 à 64 ans et durci les conditions d’indemnisation de l’assurance chômage, il est désormais logique que le gouvernement souhaite s’attaquer à l’assurance maladie.

Bien que l’idée d’un remboursement des soins et des médicaments selon les revenus des assurés par la Sécurité sociale — une « Sécurité sociale à plusieurs étages » — ait été momentanément abandonnée, au profit d’un déremboursement des transports hospitaliers, d’un doublement des franchises médicales et d’un allongement du délai de carence en cas d’arrêt maladie, il est probable que cette orientation soit reprise par de futurs candidats de l’axe central bourgeois lors de l’élection présidentielle de 2027.

Contrairement à une idée largement répandue dans les médias et sur les réseaux sociaux, hormis les libertariens les plus fanatiques, les néolibéraux ne sont pas opposés par principe à une protection sociale minimale, à condition que celle-ci n’entrave ni le fonctionnement des marchés ni la libre concurrence.

Les néolibéraux privilégient ainsi une politique du chèque, strictement sous conditions de ressources, plutôt que l’universalité des prestations sociales et la mise en œuvre de services publics gratuits et accessibles à tous — en l’occurrence la Sécurité sociale, la retraite par répartition et l’Éducation nationale.

Rappelons d’ailleurs que c’est Milton Friedman lui-même qui défendait le principe d’un revenu minimum garanti et de l’impôt négatif pour les plus pauvres[1].

C’est dans cette logique qu’ont été progressivement mis en place les APL, les allocations familiales sous conditions de ressources, l’allocation de rentrée scolaire, la CMU devenue la CSS, le RMI puis le RSA, le minimum vieillesse, l’AAH, le chèque énergie. Cette trajectoire prépare désormais l’instauration d’une Sécurité sociale à plusieurs étages, d’une retraite par points, puis du chèque éducation et, in fine, du revenu de base, ouvrant la voie aux mutuelles privées et aux fonds de pension par capitalisation.

C’est précisément pour cette raison que Bruno Le Maire et d’autres responsables politiques plaident pour un passage de l’État-Providence à un « État Protecteur », afin de créer de nouveaux débouchés pour les marchés financiers.

 

Nicolas Maxime


[1] Milton Friedman, Capitalisme et liberté, Flammarion, 1962.

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