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Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...

Cirque médiatique et diversion identitaire

Il n’aura pas fallu quelques jours de répit pendant les fêtes pour que le cirque médiatique se remette en marche.

D’un côté, le magazine Charlie Hebdo a affiché encore une fois son mépris par une caricature de Rokhaya Diallo avec des bananes. Il s'agit d'une énième polémique de plus, en justifiant cela par l'humour et la liberté d'expression alors que c'est symptomatique d'un imaginaire néocolonial comme si la répétition de stéréotypes raciaux relevait encore de la satire subversive. Preuve que le charlisme, ce pseudo-universalisme abstrait, ne peut être qu'une forme de racisme qui s'ignore, se prétendant au-dessus des rapports de domination en invoquant la laïcité alors qu’il les reproduit pourtant à l’identique.

Photo : Rokhaya Diallo par Chris93 / Wikimedia Commons / CC BY-SA 4.0

De l’autre côté, le député de LFI Carlos Bilongo a tenu des propos misogynes en déclarant que Rachida Dati aurait bénéficié d’une « promotion canapé » pour en arriver là. Un épisode révélateur qui démontre que l’intersectionnalité des luttes ne semble pas véritablement fonctionner[1]. On constate que le combat antiraciste n’empêche ni la reproduction de schémas sexistes, ni l’usage d’une violence symbolique dirigée contre une femme, y compris lorsqu’elle appartient au camp adverse. Ici, la domination ne s’additionne pas mécaniquement, et certaines grilles militantes peinent à penser leurs propres angles morts.

Bref, heureusement que le cirque médiatique — pour reprendre Guy Debord[2] — est là pour assurer une diversion identitaire, permettant d’occuper l’espace public avec des polémiques morales et émotionnelles, pendant que l’essentiel disparaît du champ de vision.

Car pendant que l’on commente caricatures et dérapages verbaux, on ne parle pas du projet de loi spéciale sur le budget 2026, pourtant lourd de conséquences sociales et révélateur de la crise institutionnelle actuelle, sur les choix économiques à venir et le débat démocratique à mener.

Mais cela, évidemment, fait moins d’audience que le spectacle permanent des indignations sélectives. Le spectacle, écrivait Debord, n’est pas un ensemble d’images, mais un rapport social médiatisé par les images[3] . Et une fois encore, il remplit parfaitement sa fonction en détournant l'attention et en récupérant les colères.

 

Nicolas Maxime


[1] Kimberlé Williams Crenshaw, « Demarginalizing the Intersection of Race and Sex: A Black Feminist Critique of Antidiscrimination Doctrine, Feminist Theory and Antiracist Politics », University of Chicago Legal Forum, 1989. C'est l'article fondateur du concept où Crenshaw  a tenté de démontrer que les structures de domination (racisme, sexisme) ne sont pas isolées mais s'entrecroisent, créant des formes d'oppression spécifiques que les mouvements de lutte uniquement antiracistes ou uniquement féministes échouent souvent à traiter.

[2] Guy Debord, La Société du Spectacle, Buchet/Chastel, 1967.

[3] Ibidem

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