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Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...

L’identité, ce qui reste une fois que tout le reste a disparu

Privé de culture commune et même de la simple possibilité de se dire citoyen d’un monde intelligible — il suffit de voir certains contenus des réseaux sociaux pour comprendre la bêtise de notre monde actuel —, l’individu postmoderne se cramponne à l’identité comme à la dernière planche d’un navire en ruines. Mais cette planche, loin de sauver qui que ce soit, flotte dans le grand bain des représentations médiatiques, où chacun surjoue sa différence pour exister un instant dans le regard des autres.

La bourgeoisie, empêtrée dans ses propres contradictions et privée de tout projet collectif — qu’il soit national, social ou civilisationnel — n’a plus d’autre matière à débats que cette identité surjouée. Faute de pouvoir parler de production, de propriété ou de souveraineté, elle recycle à l’infini le même faux conflit entre « wokes  » et  « anti-wokes ». Cette guerre de symboles n’est qu’une branche de la grande société du spectacle, c'est-à-dire un simulacre de controverse qui détourne l’attention de l’essentiel — la question de qui possède quoi, qui décide pour qui, et qui exploite qui.

L’intersectionnalité woke et l’universalisme des néoconservateurs ne forment qu’un tout, une sorte de syncrétisme pseudo-progressiste qui redéfini à l’infini la bonne conscience des uns, l’indignation vertueuse des autres et qui EN MÊME TEMPS a pour fonction de maintenir intacte la reproduction du pouvoir et prolonger l’aliénation des masses. Le Capital peut dormir tranquille tant que les professions intellectuelles supérieures s’invectivent sur les plateaux TV au sujet des toilettes neutres, des prénoms « français » ou du caractère supposément raciste des caricatures de magazines.

L’angoisse identitaire est un symptôme parce qu'elle ne dit rien de ce qu’il faudrait reconquérir, mais de tout de ce qui a été détruit. Là où existaient jadis des systèmes de valeurs communes permettant d'envisager un avenir partagé et des cadres de sens durables, aujourd’hui dissous dans la mise en concurrence généralisée des existences— la classe sociale, la famille, la communauté nationale —, il ne reste qu’un individu sommé de se définir en permanence, sous l’œil des caméras. Celui-ci exhibe ses blessures comme autant de titres de noblesse, persuadé de combler son vide intérieur en exposant sa différence, alors même que cette différence est validée par le marché et le commentaire médiatique.

En vérité, ce conflit factice ne cache que la grande indigence spirituelle et politique d’un monde qui a troqué la puissance de créer pour le droit de se mettre en scène. L'identité n'est en réalité que ce qu'il reste une fois que tout a disparu. Et pendant que les néoféministes deviennent réactionnaires, que les progressistes interdisent le débat au nom de la tolérance et que les conservateurs s’érigent en défenseurs d’un ordre moral qu’ils ne maîtrisent plus, le Capital poursuit son œuvre : marchandiser nos corps, nos blessures narcissiques jusqu'à pénétrer désormais dans notre intimité la plus profonde par le biais de nos appareils numériques et des réseaux sociaux.

En définitive, ce n’est pas l’identité qu’il faut défendre ni abolir, mais le terrain perdu qu’elle cherche désespérément à occuper : un récit fondé sur la solidarité, la dignité du travail et le bien commun. Faute de quoi, la mascarade continuera. Comme disait Debord : « Dans le monde réellement renversé, le vrai est un moment du faux »[1].

 

Nicolas Maxime


[1] Guy Debord, La société du spectacle, Buchet-Chastel, 1967.

 
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