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Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...

La France insoumise : « Un RN à l’envers » ?

Un changement stratégique s’est opéré à partir de 2018 où un discours de plus en plus racialiste et identitaire a pris le dessus au sein de la France insoumise. La véritable mutation s’est opérée en 2024 lorsque François Ruffin, Clémentine Autain et d’autres députés de la première heure, tenants d’une gauche plus sociale, ont été priés de s’en aller ailleurs.

Ces derniers jours, cette dérive semble s'accélérer. Entre Sébastien Delogu, qui appelle à une forme de représentativité fondée sur des critères ethno-raciaux, et les déclarations de Carlos Martens Bilongo sur la dynamique démographique de l’immigration — arguant que ces populations feraient « plus de gosses qu’eux » — on assiste à une étrange validation, à gauche, de thématiques jusqu'ici réservées à la droite identitaire.

Le 23 décembre dernier, Carlos Martens Bilongo déclarait : « Ces territoires où les gens n’ont pas de diplômes, là où tu as une pauvreté intellectuelle dans les territoires, le nord de la France, etc., les racistes sont en avant. » En stigmatisant ainsi la « pauvreté intellectuelle » des territoires populaires du Nord, le député insoumis exprime ouvertement un mépris de classe d’une rare violence envers une France ouvrière, précarisée et déclassée mais historiquement attachée à ses racines, celle des Gilets jaunes.

Carlos Martens Bilongo, 2024, photographie de TrisHR, Wikimedia Commons, licence CC BY 4.0.

En soutenant ce genre de propos : représentation fondée sur l'origine ethnique, argument démographique comme un outil de conquête ou de remplacement, mépris de classe envers les prolos blancs du Nord — LFI quitte définitivement le champ de l’universalisme et la possibilité d’un rassemblement des classes populaires pour entrer dans celui de la compétition sociale et ethnique.

Il faut dire les choses clairement : La France insoumise tend à devenir au paysage politique ce que le RN est à l’extrême droite, avec une symétrie inversée dans la désignation de l'adversaire. Là où le RN est accusé de cibler les banlieues, une partie de la rhétorique insoumise semble désormais faire des « prolos blancs » sa nouvelle cible symbolique.

En se basant sur les travaux de René Girard, on pourrait parler d’inversion mimétique[1]. Celui-ci montre que les conflits politiques et sociaux ne naissent pas d’oppositions réellement nouvelles, mais d’une imitation du modèle adverse, jusqu’à en reprendre les mêmes obsessions, tout en prétendant les combattre. Car en opposant les banlieues qui seraient le réel « réel peuple » aux classes populaires traditionnelles du « Nord », La France insoumise ne sort pas de la logique qu’elle dénonce mais la reproduit dans le sens inverse. Là où le RN désigne les musulmans, les migrants et les habitants des banlieues comme des boucs émissaires, une partie de la gauche radicale fait désormais de même avec les classes populaires blanches, ouvrières ou rurales, dépeintes comme un corps social raciste et intellectuellement déficient[2].

Les personnes d’origine maghrébine, africaine ou issues de quartiers populaires méritent mieux que l’assignation identitaire et la surenchère raciale. Surtout que la grande majorité d’entre eux — à l’instar de la France périphérique décrite par Christophe Guilluy[3] — ne souhaitent en aucun cas entrer dans un conflit, mais veulent simplement vivre normalement, travailler, élever leurs enfants, accéder à des services publics efficients, être reconnus comme des citoyens à part entière et non de seconde zone. C’est ce que George Orwell ou Jean-Claude Michéa appellent la décence commune, ce socle moral élémentaire fait de bon sens, de solidarité ordinaire, de refus de l’humiliation et du mépris, cette volonté populaire à une vie simple et digne, loin des radicalités de salon et des guerres culturelles, que les élites tentent d’imposer d’en haut au peuple[4]

Au lieu de vouloir rassembler les banlieues et les campagnes au sein d’un même projet populaire, il semble que la France insoumise ne soit devenue qu’un « RN à l’envers », incarnant la revanche d'un bloc contre un autre, quitte à valider les théories les plus clivantes de l'extrême droite pour mieux les retourner contre une partie de la population française.

 

Nicolas Maxime


[1] René Girard, La violence et le sacré, Grasset, 1972.

[2] René Girard, Le bouc émissaire, Grasset, 1982.

[3] Christophe Guilluy, La France périphérique : Comment on a sacrifié les classes populaires, Flammarion, 2014

[4] Concept formulé par George Orwell dans ses essais (notamment The Road to Wigan Pier, 1937), puis repris et théorisé par Jean-Claude Michéa, notamment dans L’Empire du moindre mal (Climats, 2007).

 
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