Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...
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La tension monte en crescendo entre Jésus et les pharisiens
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Extrait de la série « The Chosen » Saison 4, Épisode 3.
N’y a-t-il rien de plus contradictoire et ambivalent que le christianisme identitaire ?
Ce courant, porté aujourd’hui par des figures comme Stérin, Vance et consorts, privilégie le signifiant — la forme, le visible, le patrimoine — au détriment du signifié, c’est-à-dire du sens vivant de la foi chrétienne. En réduisant la foi à une série de symboles, ceux-ci croient que la restauration du signifiant suffira à rétablir le sens : églises comme monuments, fêtes comme folklore, « racines judéo-chrétiennes » comme marqueur civilisationnel.
Or, ce que ces acteurs nomment « identité chrétienne » n’existe que dans l’illusion d’un signifié figé pour mieux dissimuler le vide spirituel. En fait, cette fixation obsessionnelle sur les signes trahit une angoisse identitaire, le symbole devenant alors un refuge face à une appartenance ressentie comme menacée, tandis que le signifié — la foi vécue — est relégué à l’état latent.
Ce christianisme est un christianisme de surface, un signifiant sans profondeur qui ne se confronte pas au réel, n’engage aucune responsabilité personnelle face à la violence collective, et reste aveugle à ce que représente réellement le sacrifice du Christ pour l’humanité. En engageant chacun dans une foi vécue qui défie les normes sociales, en dépassant les symboles et la Loi réduite à son ritualisme, en renversant les hiérarchies établies et en plaçant les opprimés au centre, le Christ fut radicalement subversif.
C’est précisément pour cette raison que les thuriféraires du christianisme identitaire ressemblent aux pharisiens dénoncés par Jésus-Christ qui ont réduit la foi à une observance rituelle et extérieure, se donnant une apparence de vertu tout en laissant leur être intérieur inchangé. De plus, ce sont les mêmes bigots qui dénoncent le « wokisme » tout en célébrant le Capital, alors que comme Jean-Claude Michéa l'a démontré, libéralisme culturel et économique sont les deux faces d'une même pièce[1], les mêmes qui participent également à la marchandisation du sacré en transformant des fêtes religieuses comme Noël en vitrines commerciales
« Malheureux êtes-vous, scribes et pharisiens hypocrites ! Vous payez la dîme de la menthe, de l’aneth et du cumin, et vous laissez de côté ce qu’il y a de plus grave dans la Loi : la justice, la miséricorde et la fidélité. Voilà ce qu’il fallait pratiquer, sans négliger le reste. Guides aveugles ! Vous filtrez le moucheron et vous avalez le chameau »[2].
Et Jésus ajoute encore : « Ils aiment les premières places dans les festins, les premiers sièges dans les synagogues, les salutations sur les places publiques, et être appelés “Maître” par les hommes » [3].
Ce christianisme identitaire illustre parfaitement la tension dont Benoît Girard[4] parle car il oscille entre la célébration de la non-violence prétendue et la préservation d’un ordre social coercitif, en se donnant pour accomplissement ce qui n’est que façade. Là où la foi véritable invite à percevoir l’éclat de la lumière même dans le spectacle de la marchandise, le christianisme identitaire se contente de sanctifier le décor, et de prétendre que le sens réside dans ce décor.
Nicolas Maxime
[1] Jean-Claude Michéa, L'Empire du moindre mal, Climats, 2007.
[2] Matthieu 23, 23-24.
[3] Matthieu 23, 6–7.
[4] Benoît Girard (Antigone), Revue Antigone | Une nouvelle revue de débat et d’idées.