Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...
On aurait pu croire à un nouveau gag de sa part tellement les clowneries font désormais partie du personnage grotesque que Donald Trump s'est construit. Pourtant Trump a réitéré vouloir s'emparer du Groenland. Après avoir évoqué l'acquisition du Groenland comme une nécessité absolue, ce dernier a décidé de passer aux choses sérieuses puisqu'il menace d'imposer des tarifs douaniers massifs (jusqu'à 25 %) sur les produits du Danemark et de l'Union européenne si ces derniers continuent de bloquer ses ambitions. Il explique que le Danemark profite de manière indue de la protection américaine et considère donc que céder le Groenland serait une juste compensation pour les frais de défense engagés par les USA au sein de l'OTAN.
Mais alors pourquoi cet engouement du président américain pour le Groenland, cette terre recouverte de glaces, d’à peine 55 000 habitants[1] ?
Premièrement, le Groenland est un point stratégique important pour la défense américaine. En étant situé à mi-chemin entre l'Amérique du Nord, l'Europe et la Russie, le Groenland est le « toit du monde » d'un point de vue militaire. D’ailleurs Trump a évoqué la présence de navires russes et chinois dans les eaux groenlandaises, et ce dernier veut contrer les ambitions de la Russie et de la Chine dans l’Arctique. Mais c’est surtout la constitution de son projet « Dôme d’or », système de bouclier anti-missiles qu’il veut localiser au Groenland, dans la base spatiale de Pituffik.
L’autre raison est évidemment liée aux ressources naturelles. Le Groenland possède l’un des plus grands gisements de terres rares et de minerais au monde, indispensables pour les batteries électriques, les smartphones et les technologies militaires, et désormais exploitables avec le réchauffement climatique en cours. Le sous-sol recèlerait également d'importantes réserves de pétrole et de gaz encore inexploitées.
Une autre explication est liée au contrôle commercial des routes maritimes, car la fonte des glaces ouvre de nouvelles voies de navigation dans l'Arctique, beaucoup plus courtes que les trajets actuels par le canal de Suez.
Trump, en tant qu’ancien promoteur immobilier, voit le Groenland comme un investissement foncier qui, dans le futur, offrira aux Américains des espaces, notamment lorsqu’il y aura un verdissement et que des terres auparavant gelées pourraient devenir exploitables pour l’agriculture, l’énergie renouvelable et même l’habitat.
Et dernier point, Trump veut renouer avec la puissance américaine comme lorsque les États-Unis ont acquis l’Alaska en 1867, symbole d’une ambition territoriale et économique assumée, affirmant la domination américaine sur des régions stratégiques.
Pour ce faire, Trump sera prêt à tout. Bien entendu, il n’y aura pas de guerre entre les États-Unis et l’Union européenne. Il a le rapport de force en sa faveur pour tenter de forcer la vente du Danemark. L'Union européenne ne pourra rien faire. Les équipements d’armement utilisés par les pays européens sont en grande partie américains, à l’exception notable du Royaume-Uni et de la France. De plus, l’Union européenne serait incapable de résister à une guerre commerciale avec les États-Unis, tant sa dépendance industrielle et militaire vis-à-vis de Washington est forte.
En conclusion, comme Emmanuel Todd l’avait déjà démontré, les pays européens vont payer le prix de leur servilité aux États-Unis[2]. Trump a désormais fait sauter le verrou et a montré qu’il n’avait plus réellement besoin de l’alliance avec les pays européens. L’OTAN n’est pas un partenariat équilibré mais un instrument de domination, et l’Europe en découvre brusquement le coût économique et politique.
Nicolas Maxime