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Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...

Sadique époque : gouverner par l’humiliation des plus pauvres

On se demande bien quelle sera la prochaine mesure imaginée par le gouvernement, les députés Renaissance et leurs alliés LR pour humilier un peu plus les plus démunis.

Entre le renforcement du contrôle des bénéficiaires de la CAF par des algorithmes de datamining pour lutter contre la fraude au dépens de la vie privée des personnes, la suspension des allocations en cas de violences pendant les manifestations (sociales ?), la mise en œuvre d'une allocation sociale unique qui fera des centaines de milliers de perdants, chaque semaine apporte son lot d’innovations punitives rivalisant d'ingéniosité perverse, toujours justifiées par la lutte contre la fraude ou fin de l’assistanat mais dont la cible reste invariablement les pauvres.

Qu’est-ce qu’on peut encore imaginer ? Condamner les allocataires à des travaux d’intérêt général ? Les balader dans la rue avec un panneau où il y aurait écrit « Je suis au RSA et c'est de ma faute » ? Plus sérieusement pourquoi pas, demain, une forme de crédit social, avec bons et mauvais points, où l’on irait jusqu’à priver de restaurants, de loisirs, de cinéma celles et ceux qui seraient jugés comme de « mauvais pauvres » ? Dans un sens, nous sommes déjà engagés dans cette voie avec cette logique de suspicion qui amène à des mesures de surveillance coercitives et déshumanisantes.

Ce que le philosophe Éric Sadin décrit comme un isolement collectif[1] prend ici tout son sens puisque les individus sont laissés seuls face à la machine administrative, seuls face à la honte, intériorisant leur mise à l’écart comme une responsabilité personnelle, là où il s’agit en réalité d’un abandon politique et institutionnel. Déjà humiliés une première fois pour devoir quémander une aumône, une seconde fois pour être considérés comme des « assistés » aux yeux de leurs pairs, ils le sont une nouvelle fois par un contrôle social permanent et humiliant.

Nonobstant une autre réalité que les éditorialistes et autres politiciens, pourfendeurs de l'assistanat, oublient de mentionner : le taux de non-recours aux aides sociales est de 35 %[2]. Découragés par ce contrôle social « orwellien », une bonne partie des bénéficiaires préfèrent désormais se passer de ces aides afin d’échapper à la violence symbolique d’un système qui organise un parcours du combattant pour celles et ceux qui en dépendent.

George Orwell, dans La dèche à Paris et à Londres[3], avait déjà décrit avec précision cette violence morale des politiques publiques à l’égard des indigents, où le contrôle social bureaucratique vise essentiellement à discipliner les plus pauvres. Quasiment un siècle plus tard, les mêmes ressorts sont à l’œuvre, mais simplement renforcés par la technologie.

Mais n'est-ce pas, au fond, symptomatique de ce que nous pourrions appeler une « sadique époque », comme le titre Dany Robert-Dufour concernant son dernier ouvrage, où l'on assiste à une perversion des rapports sociaux, désormais, revendiquée par ceux qui détiennent le pouvoir[4] ? Dans ce cas, humilier les plus pauvres ne peut être que la réalisation sadienne d'un plaisir coupable où l'on assume de faire souffrir pour gouverner.

 

Nicolas Maxime


[1] Éric Sadin, L’ère de l’individu tyran : la fin d’un monde commun, Grasset, 2020.

[2] Vie-publique.fr, Préventions sociales : quelles sont les causes de non-recours aux prestations sociales, 23 avril 2023.

[3] George Orwell, Dans la dèche à Paris et à Londres, Domaine Étranger, 1933 (2003).

[4] Dany Robert-Dufour, Sadique époque. Comment en sommes-nous arrivés là ? , L’Échappée, 2024.

 

 
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