Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...
Notre très cher président de la République, Emmanuel Macron, se plaint de la baisse de la natalité et appelle à un prétendu « réarmement démographique » — une expression pour le moins creuse, tant elle évite soigneusement les causes réelles du phénomène[1].
Qui a sapé le moral des familles avec une Éducation nationale au bord de l’effondrement, minée par le manque de moyens, la pénurie d’enseignants et la dégradation des conditions de travail ?
Qui a découragé les travailleurs en repoussant l’âge légal de départ à la retraite à 64 ans, envoyant le signal que l’avenir serait fait de sacrifices toujours plus longs, sans contreparties ?
Qui abandonne l’avenir du pays aux marchés financiers, en subordonnant les choix politiques aux dogmes budgétaires et à la rentabilité de court terme ?
Qui reste largement impuissant face au plus grand défi du XXIᵉ siècle, à savoir le dérèglement climatique, laissant planer l’angoisse d’un futur instable, violent et invivable ?
Dans ces conditions, comment s’étonner que les Françaises et les Français n’aient plus envie de faire des enfants ? Qui souhaiterait élever une famille lorsqu’aucun horizon désirable ne se dessine, ni sur le plan social, ni sur le plan écologique, ni sur celui de la sécurité matérielle ? La baisse de la natalité n’est pas une défaillance morale des individus, mais le symptôme rationnel d’une société qui n’offre plus de garanties collectives.
Le paradoxe est d’autant plus frappant que le président annonce un congé parental « mieux indemnisé », mais en réalité beaucoup plus court, ce qui revient à déplacer le problème sans jamais l’affronter. Améliorer à la marge une prestation tout en réduisant sa durée ne compensera ni la précarité de l’emploi, ni la crise du logement, ni l’effondrement des services publics essentiels à la vie familiale.
Emmanuel Macron ferait bien de relire cette maxime de Jacques-Bénigne Bossuet :
« Dieu se rit des hommes qui se plaignent des conséquences alors qu’ils en chérissent les causes.[2] »
Tant que les causes structurelles — précarisation du travail, recul de la protection sociale, angoisse écologique, désagrégation du service public — ne seront pas traitées, aucun « réarmement démographique » ne pourra inverser la tendance.
Nicolas Maxime
[1] Expression employée par Emmanuel Macron lors de sa conférence de presse du 16 janvier 2024.
[2] Citation attribuée à Jacques-Bénigne Bossuet (1627-1704). Bien que devenue une formule consacrée pour résumer sa philosophie de la Providence, elle synthétise la thèse de son Discours sur l’histoire universelle (1681), où il expose que les hommes subissent les conséquences de fautes dont ils persistent à chérir les causes.