Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Je suis éducateur spécialisé depuis 2009. Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu profondément critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, Jean-Claude Michéa, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Naomi Klein...

CDI Jeunes : précarisation du travail et extraction de plus-value

Le MEDEF souhaite mettre en œuvre un CDI jeunes qui serait inférieur au SMIC et pourrait être rompu à tout moment. Cela rappelle immédiatement le SMIC jeunes de Balladur ou le CPE de Dominique de Villepin, tentatives avortées de précariser le travail, rejetées par la mobilisation sociale d'antan. Mais cette fois-ci, cela pourrait être la bonne, car l’opération est désormais menée au nom de la lutte contre l’assistanat et du coût du travail. Autrement dit, il ne s’agit plus seulement de flexibiliser, mais de déplacer la faute du chômage sur les chômeurs eux-mêmes, tout en présentant la dégradation des droits sociaux comme une nécessité économique.

Selon la logique néolibérale démontrée par George Stigler[1] et plus largement par l’école de Chicago, le chômage est nécessairement volontaire : si des individus ne travaillent pas, c’est parce que les protections sociales et le droit du travail les inciteraient à refuser des emplois jugés insuffisamment attractifs. Ainsi, pour inciter les entreprises à embaucher et lutter contre le chômage volontaire, il faut réduire la protection du chômage et flexibiliser le marché du travail. Les lois menées sous Hollande puis Macron (loi Travail, ordonnances Pénicaud, etc.) ne sont en réalité que la mise en pratique de cette idée : si l’on rend la vie des chômeurs plus difficile et qu’EN MÊME TEMPS, on facilite les licenciements, on améliorerait, en théorie, la flexibilité et la fluidité du marché du travail. Le travailleur devient alors une simple variable d’ajustement, que l’entreprise peut moduler en temps réel selon ses besoins. À la fin des fins, cela donne les lois Hartz en Allemagne avec les mini-jobs, emplois à temps partiel et bas salaires sans réelle protection sociale, ou encore les contrats zéro heure au Royaume-Uni, où l’on peut être officiellement employé sans aucune garantie d’heures travaillées, ayant pour conséquences une précarisation exacerbée du travail.

Et lorsque François Ruffin, lors d’une émission des Grandes Gueules, présente un flacon de parfum fabriqué dans une usine de la Somme appartenant à Bernard Arnault, payé 5 euros à la fabrication mais vendu 112 euros, on comprend parfaitement ce qui se joue. Les patrons capitalistes sont des extracteurs de plus-value. Pour Marx, la plus-value correspond à la différence entre la valeur créée par le travail et le salaire versé au travailleur. Cette part du travail non payé est captée par le capitaliste et constitue le cœur du profit. Plus les salaires sont comprimés et plus la précarité est forte, plus l’extraction de plus-value est importante[2].

Le Capital n’en a jamais assez. Il aura toujours besoin de plus : plus de main-d’œuvre docile et bon marché, donc plus de chômeurs et plus d’immigrés en situation irrégulière, qui constituent l’armée de réserve du Capital, et ce malgré le cynisme des droitards qui prétendent lutter à la fois contre l’assistanat et contre l’immigration ; plus de baisses de « charges » au nom de la compétitivité alors que le SMIC est désormais quasiment exonéré de cotisations patronales et que cet allègement général de cotisations représente désormais une perte de 75 milliards d’euros pour les comptes de la Sécurité Sociale[3]. L’objectif réel est surtout d’exercer une pression à la baisse sur les salaires en abaissant le coût du travail et en mettant les travailleurs en concurrence entre eux.

Et s’il faut créer de la division, le Capital sait pouvoir compter sur les médias pour désigner des boucs-émissaires : les chômeurs, les fonctionnaires ou d’autres catégories socio-professionnelles comme étant responsables de la situation économique, pendant que se poursuit, en arrière-plan, la précarisation générale du travail et l’extraction continue de la plus-value.

 

Nicolas Maxime


[1] George J. Stigler, The Theory of Price, Macmillan, 1946.

[2] Karl Marx, Le Capital. Critique de l’économie politique, Livre I, Section III, 1867.

[3] Cour des comptes, La situation et les perspectives des finances publiques – Rapport public annuel, 2023–2024.

 

 
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article