Je suis éducateur spécialisé depuis 2009. Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu profondément critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, Jean-Claude Michéa, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Naomi Klein...
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" Mettre à bas la démocratie pour la remplacer par un PDG " - En Société du 18 janvier 2026
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Il faut lire et écouter Arnaud Miranda qui, dans son dernier ouvrage[1], a su mettre en lumière le courant néo-réactionnaire des « Lumières sombres », ce mouvement intellectuel, au début, marginal, qui, désormais étend sa sphère d’influence pénétrant progressivement certains cercles du pouvoir économique et politique, comme en témoigne l’influence de Curtis Yarvin sur Donald Trump, notamment avec l'idée du DOGE (Department of Government Efficiency) et des projets comme la French Riviera à Gaza. Cette idéologie séduit également JD Vance et les milliardaires de la tech.
Curtis Yarvin, le principal théoricien de ce courant, apparaît à cet égard comme une figure fascinante, non seulement parce qu’il a su réinventer une idéologie, mais parce qu’il a offert une cohérence théorique à ce que l’on peut appeler également le libertarianisme autoritaire[2], notion qui semble être un oxymore mais qui cesse de l’être dès lors que l’on s’intéresse aux racines intellectuelles de penseurs anarcho-capitalistes comme Murray Rothbard ou Hans Hermann Hoppe, lesquels ont progressivement substitué à la critique de l’État une critique de la démocratie elle-même. Ce courant développe également une critique radicale du néolibéralisme parce qu’il doit sans cesse arbitrer entre le marché et l’État social, compromis considéré par ces penseurs comme une faiblesse empêchant le capitalisme d’atteindre sa pleine efficacité.
Pour les néo-réactionnaires, la démocratie est faible. Ils lui préfèrent la figure du Roi-CEO, qui tire sa légitimité du marché, devenu instance suprême de validation politique, comme autrefois le roi la tirait de Dieu. Précisons que cela n'a strictement rien à voir avec les courants monarchistes constitutionnels et parlementaires (comme la Nouvelle Action Royaliste[3]). Leur objectif n'est pas de détruire l'État, mais de s'en emparer pour opérer une fusion entre les corporations et l’État et créer une structure entrepreneuriale, qui mettrait fin à toute forme de souveraineté populaire — ce qui rappelle d’une certaine manière le projet fasciste. Mais le but ultime est de détruire l’État social et d'enrichir les marchés financiers et les multinationales qui s’empareront de toutes les formes de protection sociale. Il s’agit d’une contre-révolution, car elle vise à substituer au compromis social issu du XXᵉ siècle un ordre néo-féodal dans lequel les entreprises deviennent elles-mêmes des États, exerçant des fonctions régaliennes, économiques et sociales. Est remplacé le citoyen par l'actionnaire et le service public par l’entreprise privée, signant la fin de la démocratie telle que nous l’avons connue et l’absorption de fait du pouvoir politique par le pouvoir économique.
Toutefois, bien que considéré comme réactionnaire, ce mouvement s’inspire en réalité des thèses postmodernes car s'ils rejettent en théorie les conclusions politiques de penseurs comme Foucault ou Deleuze, ils utilisent pourtant les mêmes outils d'analyse pour « déconstruire » la modernité libérale. Ce sont les Lumières sombres : l'utilisation de la raison la plus froide pour démanteler l'optimisme des Lumières classiques, révélant une forme de postmodernité réactionnaire où la critique des grands récits sert désormais à légitimer la restauration de structures hiérarchiques et autoritaires[4].
Car oui, le mouvement néoréactionnaire est en réalité progressiste — bien qu’il se dise « anti-woke » — puisqu’il place le progrès au-dessus de tout. Mais contrairement à un progressisme égalitaire, il s’agit en réalité d’un progressisme technologique dont l’aboutissement est l’intelligence artificielle, le transhumanisme et le post-humanisme en vue de remodeler l’humain lui-même afin de l’adapter à la rationalité d’un capitalisme algorithmique.
Nous assistons à une évolution d'un capitalisme devenu fou, engendrant des mutations anthropologiques où les repères s'inversent : des néoféministes devenues néo-réactionnaires aux réactionnaires qui se font adeptes du progrès. Il faut comprendre que c’est un autoritarisme d’un genre nouveau qui est, en fait, un capitalisme de survie et que les pseudo-patriotes de l’extrême droite, séduits par ce courant d’idées, sont en réalité des globalistes du progrès technologie, comme l’a montré Sarah Knafo lors de sa dernière vidéo où elle fait l’éloge de l’intelligence artificielle, révélant ainsi que ce qui se prétend défense de la souveraineté nationale n’est qu’une adaptation des élites au règne des algorithmes et des marchés, et que derrière les discours identitaires se profile déjà un ordre nouveau où la démocratie va faire place à l’autorité du silicium.
Nicolas Maxime
[1] Arnaud Miranda, Les Lumières sombres. Comprendre la pensée néoréactionnaire, Gallimard, 2026.
[2] Nicolas Maxime, D’où vient le libertarianisme autoritaire ? , Royaliste N°1307, 24 septembre 2025.
[3] Nouvelle Action Royaliste – présentation du mouvement, site officiel de la NAR.
https://nouvelle-action-royaliste.fr/
[4] Nick Land, The Dark Enlightenment, blog de l'auteur, 2012.