Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...
On assiste à une crise majeure du logement en France. Dans certaines grandes villes et zones touristiques, la multiplication des locations touristiques et saisonnières, en particulier celles en lien avec la plateforme Airbnb, accentue fortement la tension immobilière. La location de courte durée étant plus lucrative, de plus en plus de logements sont destinés aux touristes, au détriment de la population locale.
À cela s’ajoutent les effets de l’inflation : hausse des loyers et des charges, baisse des ventes immobilières, et diminution drastique de la construction de logements sociaux.
Si l’on se réfère aux chiffres de la Fondation Abbé Pierre, 4,1 millions de personnes sont concernées par le mal-logement, dont 350 000 personnes sans domicile fixe et plus de 650 000 hébergées chez des tiers. En dix ans, le nombre de SDF est passé d’environ 150 000 à 350 000[1].
On tient ici une véritable bombe sociale à retardement. Ce n’est pas comme si, depuis des années, les acteurs de terrain — travailleurs sociaux, bailleurs sociaux, élus locaux — n’avaient pas alerté les gouvernements successifs sur ce qui allait se produire.
Et que fait le gouvernement ? Il consulte le Conseil national de la refondation du logement pour recueillir des propositions. Certaines sont intéressantes, comme l’encadrement du prix du foncier sur le modèle de ce qui existe déjà pour les loyers dans certaines métropoles, ou encore l’instauration d’une densité minimale pour les nouvelles constructions afin de limiter l’étalement urbain (encore faudrait-il que ces mesures soient réellement retenues). Mais globalement, on passe à côté du cœur du problème.
Pour endiguer durablement le mal-logement, il n’y a pas trente-six solutions :
– construire 200 000 logements sociaux par an ;
– mettre en place une Sécurité sociale du logement et une garantie universelle des loyers (GUL) afin de sécuriser locataires et propriétaires ;
– instaurer des quotas stricts pour la location touristique, encadrer fortement les loyers ;
– réquisitionner les logements vacants depuis plus de deux ans.
Mais circulez, il n’y a rien à voir. Au lieu de prendre le taureau par les cornes, le gouvernement préfère mener une réforme impopulaire des retraites en reculant l’âge légal de 62 à 64 ans et s’attaquer aux plus pauvres en conditionnant le RSA à 15 à 20 heures d’activités hebdomadaires.
Non seulement ce gouvernement ne s’attaque pas aux problèmes concrets des Français, mais il laisse volontairement la crise se propager jusqu’à ce que la bombe sociale finisse par exploser.
Nicolas Maxime
[1] Fondation Abbé Pierre, 28ᵉ rapport sur l’état du mal-logement en France 2023.