Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...
Jamais le message envoyé aux familles françaises n'a été aussi contradictoire puisque d'un côté, on s'inquiète de la baisse de la natalité et on multiplie les incantations au réarmement démographique[1] et de l'autre côté, on cherche désormais à invisibiliser si ce n'est à exclure les enfants de l'espace public. À cela s'ajoute la diminution des allocations familiales et on a compris que l’État pédalait dans la choucroute. Et ce ne sont pas les mouvements de bras dans le vide de Sarah El Haïry qui vont y changer grand-chose.
Des wagons SNCF « Optimum Plus » aux hôtels et restaurants interdits aux mineurs, les espaces « NO KIDS » se multiplient dans une forme d'indifférence et de normalité aberrante. À Maisons-Laffitte, la justice a même approuvé l'interdiction de récréation dans les cours d'école suite aux plaintes du voisinage.
Désormais, certains revendiquent le droit à la tranquillité, et donc d'exclure les enfants, qui par leur spontanéité et leur besoin d'attention, est un « grain de sable » pour le confort individuel de certains adultes. Mais ce qui se joue à travers les espaces « NO KIDS » n’est pas une simple question de confort ou de tranquillité, mais une conception profondément individualiste et marchande de la société, où l’espace public tend à se transformer en un espace de consommation silencieux, débarrassé de tout ce qui échappe à la logique de la performance immédiate. Dans cette vision purement comptable de l'existence, l'individu n'a de valeur que par sa capacité à produire ou à consommer sans entrave.
Tout comme l'aide active à mourir traduit une volonté de se séparer des personnes âgées ou des handicapés sous prétexte qu'ils seraient des « improductifs », le capitalisme néolibéral commence à percevoir l'enfant comme un encombrant.
Même lorsqu'on souhaite protéger les enfants comme le projet de loi d'interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans, on sent la contradiction pointer le bout de son nez. Car en réalité ce sont Tik Tok, SnapChat et autres réseaux toxiques qu'il faudrait bannir de l'espace numérique et non les enfants.
La phase terminale de l'Occident c'est aussi cette incapacité à entrevoir quelconque avenir et à accorder une place réelle aux enfants dans la société sans les surprotéger ou les invisibiliser. Le mot d'ordre est désormais clair : faites des enfants, mais surtout... cachez-les.
Nicolas Maxime
[1] Expression employée par Emmanuel Macron lors de sa conférence de presse du 16 janvier 2024.