Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...
Certains affirment que le collectif Némésis n'est pas féministe sous prétexte qu'il est identitaire.
Premièrement, il existe effectivement des tensions internes au féminisme : universalisme vs différentialisme, féminisme matérialiste vs féminisme libéral, etc. Au XXᵉ siècle, certains mouvements féministes étaient ouvertement racistes et même en faveur de la colonisation. Comme tout mouvement politique, il n’est pas homogène.
Secondement, le fait qu’un mouvement détourne ou dévoie une tradition politique ne signifie pas qu’il surgit comme ça de nulle part. Némésis se revendique explicitement du féminisme. On peut contester cette revendication, la juger opportuniste ou idéologique, mais on ne peut pas nier qu’elle s’inscrit dans le champ discursif féministe pour exister politiquement.
À la rigueur, on pourrait parler de Némésis comme un fémo-nationalisme, concept développé par Sara R. Farris dans In the Name of Women’s Rights pour désigner une stratégie politique : utiliser le discours sur les droits des femmes pour justifier des politiques nationalistes, anti-immigration ou islamophobes[1].
On peut appliquer la théorie de René Girard ici, et se demander si ces féministes identitaires ne sont pas les doubles mimétiques des néoféministes. Ici, on parle d’un groupe qui utilise les codes, les concepts et le vocabulaire féministes — protection des femmes, dénonciation des violences, critique du patriarcat — mais en les reconfigurant dans une logique identitaire[2].
Même terrain, mêmes mots, même prétention à parler « au nom des femmes », même radicalisation de la rivalité mais redirection de l’ennemi — les hommes blancs cisgenres chez les uns, les hommes d'origine immigrée chez les autres. Girard montre que les oppositions les plus virulentes naissent souvent entre acteurs qui se ressemblent plus qu’ils ne le pensent[3].
Le parcours de Marguerite Stern semble résumer, à lui seul, ce passage du néoféminisme vers une forme de féminisme identitaire. Il illustre les porosités et les circulations idéologiques qui traversent aujourd’hui le champ féministe. Peut-être qu’en réalité, Alice Cordier n’est qu’une gauchiste non revendiquée, dans la mesure où son discours reprend certains cadres d’analyse issus du militantisme féministe contemporain, tout en les redirigeant vers une lecture identitaire et civilisationnelle. À l’inverse, il n’est pas absurde de se demander si certaines néoféministes ne dissimulent pas, parfois inconsciemment, des formes de racisme derrière l'intersectionnalité des luttes.
Cette hypothèse renforce l’idée que ces deux courants pourraient entretenir une relation mimétique car chacun prétend incarner la défense légitime des femmes, tout en construisant son adversaire comme figure centrale de sa propre radicalisation.
Nicolas Maxime