Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...
Ça y est. La loi sur la réforme des retraites a été promulguée, malgré l’opposition d’une large majorité de la population, soit près de trois quarts des Français[1], et malgré les manifestations massives qui ont lieu en France depuis janvier 2023 et ont rassemblé des millions de personnes opposées à cette réforme. Tout cela dans un simulacre de démocratie, en faisant passer par la force une réforme des retraites rejetée socialement.
Jamais un président n’a été aussi impopulaire, en France comme à l’étranger, à l’image de ce qui s’est produit aux Pays-Bas, où Emmanuel Macron a été pris à partie par des manifestants. Mais cela ne semble guère l’affecter. Pas plus que le fait que des millions de Français vont s’user davantage au travail ou s’appauvrir. Pas plus que la rupture du dialogue social avec les syndicats et les corps intermédiaires.
Non, Emmanuel Macron n’en a cure, car sa feuille de route est déjà tracée. En vassal des marchés financiers, auxquels il a porté allégeance, il a simplement exécuté le programme attendu.
Récemment encore, le ministre du Travail affirmait qu’il n’existait aucune alternative possible à l’économie de marché et qu’il fallait « rendre des comptes aux prêteurs », c’est-à-dire aux marchés financiers. Comme si aucune alternative crédible n’avait jamais existé dans l’histoire. Comme si l’économie administrée, qui a été la norme des accords de Bretton Woods de 1945 jusqu’au milieu des années 1970, n’avait jamais eu lieu.
Mais si l’économie de marché est la seule possible, si elle détermine les politiques publiques et, in fine, nos vies, alors pourquoi ne pas aller jusqu’au bout de la logique ? Pourquoi ne pas déclarer officiellement la France vassale des marchés financiers ? Pourquoi ne pas vendre le pays à la découpe à BlackRock, HSBC ou BNP Paribas, puisque ce sont eux qui dictent les règles du jeu ?
Si l’on estime que les marchés financiers sont supérieurs aux aspirations populaires, alors il n’y a plus de démocratie. Ce sont eux qui décident des lois, qui fixent les règles. L’intérêt général cède la place aux intérêts particuliers des banques d’affaires, des hedge funds, des multinationales et des ultra-riches.
Peu importe, dès lors, les discours présidentiels à 20 heures promettant des avancées sur le climat, la santé ou l’éducation. Rien de tout cela n’est réellement possible tant que Emmanuel Macron est président, tant que la France reste enfermée dans les traités européens actuels, et tant qu’elle demeure structurellement dépendante des marchés financiers.
Nicolas Maxime
[1] Un sondage Odoxa‑Agipi pour Challenges et BFM Business du début janvier 2023 montre qu’environ 74 % des Français exprimaient une attitude négative vis‑à‑vis de la réforme (maintien de l’âge de départ à 62 ans souhaité par 74 %).