Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...
Pour contrer les arguments du gouvernement et des macronards sur le RSA, il faut revenir aux faits.
« Le RSA coûte un pognon de dingue ». Le RSA représente un coût annuel d’environ 12 milliards d’euros, soit à peine 1,5 % de l’ensemble des prestations sociales[1]. Son coût est donc dérisoire à l’échelle de la protection sociale française. Rappelons en outre que le RSA exclut les moins de 25 ans, alors même que cette tranche d’âge est fortement touchée par la précarité.
« Les personnes au RSA ne travaillent pas et sont des assistés ». C’est faux. Environ 50 % des bénéficiaires du RSA sont inscrits à Pôle emploi[2]. Une partie d’entre eux travaille une partie de l’année et cumule RSA différentiel et/ou prime d’activité, avec des emplois précaires, à temps partiel ou de courte durée[3]. Parmi les autres bénéficiaires, on trouve des mères isolées sans solution de garde, des personnes souffrant de pathologies ou d’addictions relevant parfois de l’AAH, des personnes très éloignées de l’emploi, marginalisées, voire sans domicile fixe. On est loin du fantasme du « profiteur ».
« L’insertion n’est pas assez développée, il manque des incitations ». Là encore, c’est faux. Chaque allocataire du RSA signe un contrat d’engagement réciproque et bénéficie d’un suivi obligatoire par un travailleur social. Les personnes les plus proches de l’emploi doivent s’inscrire à Pôle emploi. Des sanctions existent déjà en cas de rendez-vous manqués ou d’engagements non respectés. Ces sanctions se révèlent d’ailleurs souvent inefficaces, produisent de la défiance et dégradent la relation avec les travailleurs sociaux. Le problème n’est pas l’absence de dispositifs d’insertion, mais le manque criant de moyens humains et financiers : pas assez de travailleurs sociaux, pas assez de financements.
« Il y a trop de fraude au RSA et pas assez de contrôles ». La fraude au RSA représente quelques centaines de millions d’euros par an, essentiellement liés à des trop-perçus, souvent dus à des erreurs ou à une mauvaise compréhension des règles (mise en couple, changements de situation). Les contrôles de la CAF sont fréquents et peuvent conduire à des situations kafkaïennes, privant parfois les bénéficiaires de ressources pendant des mois. Parler de fraude est d’autant plus indécent que plus de 30 % des personnes éligibles ne demandent pas le RSA, par peur du stigmate, de la complexité administrative ou du regard social[4]. Beaucoup préfèrent le système D, la mendicité, voire des activités illégales, plutôt que « l’épreuve du guichet ».
« Le montant du RSA est trop élevé et désincite au travail ». C’est faux et absurde. Le RSA pour une personne seule s’élève à 607 euros, dont il faut retrancher un forfait logement d’environ 70 euros[5]. Ce montant ne permet pas de vivre, mais tout juste de survivre.
De nombreux bénéficiaires n’ont même pas les ressources nécessaires pour accéder à un logement autonome ou social et sont orientés vers des résidences sociales ou des centres d’hébergement. Si le RSA est plus élevé pour une mère isolée, il faut évidemment tenir compte du coût réel des enfants. Ni le RSA ni le RMI n’ont jamais dissuadé de chercher un emploi. Au contraire, de nombreuses études — notamment celles d’Esther Duflo — montrent que donner de l’argent aux plus pauvres permet de stabiliser les trajectoires de vie et de prévenir la marginalisation et la délinquance[6].
Bien entendu, le RSA n’est pas la panacée. Mais c’est une aide indispensable pour survivre et préserver un minimum de dignité.
Au lieu de stigmatiser ses bénéficiaires, de conditionner le RSA à des activités professionnelles souvent stigmatisantes, et de parler sans connaître ni la réalité des allocataires ni le travail des professionnels du social, la macronie ferait mieux d’apporter de véritables réponses : lutter contre la pauvreté, pas contre les pauvres.
Des alternatives existent :
– revaloriser le RSA, l’automatiser et le verser à la source ;
– l’étendre aux moins de 25 ans ;
– développer l’insertion sociale et professionnelle en soutenant financièrement les travailleurs sociaux et le monde associatif ;
– généraliser Territoires zéro chômeur de longue durée pour en faire une véritable garantie d’emploi pour les bénéficiaires du RSA et les chômeurs de longue durée.
Nicolas Maxime
[1] LaFinancePourTous, état des lieux du RSA – ensemble des allocations versées en 2021 : ≈12,26 milliards d’euros.
[2] Près d’un allocataire du RSA sur deux était inscrit à France Travail (ex‑Pôle emploi), montrant une forte interaction entre RSA et accompagnement vers l’emploi (Insee, données observées autour de 2023).
[3] Selon les données de la Caisse nationale des allocations familiales (Cnaf), une part significative des bénéficiaires du RSA perçoit également la prime d’activité, ce qui signifie qu’ils exercent une activité professionnelle (souvent à temps partiel ou précaire) tout en complétant leurs revenus avec le RSA : fin 2022, une proportion non négligeable des allocataires cumulait les deux prestations.
[4] OCDE, Modernising Access to Social Protection, estimations de non‑recours pour le Revenu de solidarité active (≈ 34 % de non‑recours) ; données cohérentes avec des estimations antérieures de non‑recours au RSA autour de 36 %.
[5] Le montant forfaitaire du Revenu de Solidarité Active (RSA) pour une personne seule et sans enfant s’élevait à 607,75 € par mois au 1ᵉʳ avril 2023, et un forfait logement d’environ 72,93 € était ensuite déduit en cas de perception d’une aide au logement ou d’hébergement gratuit, ce qui réduisait le RSA effectivement perçu.
[6] Esther Duflo et Abhijit Banerjee, Poor Economics: A Radical Rethinking of the Way to Fight Global Poverty, PublicAffairs, 2011.