Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...
Emmanuel Macron est apparu arrogant et condescendant, assénant un ton professoral et un regard méprisant tout au long du débat. Il est apparu, sur la forme, comme un technocrate froid et agressif. On pourrait penser qu’il n’a rien appris durant les cinq années de son mandat, ce qui ne risque guère de rassurer les Français sur les cinq années à venir. Cependant, il maîtrisait bien mieux les dossiers et a su démonter la quasi-totalité des arguments de son adversaire.
Marine Le Pen a retenu les leçons du débat de 2017. Elle n’a pas été ridicule, ce qui constitue déjà un progrès notable. Sur la forme, elle a cherché à rassurer et est apparue plus humaine que son contradicteur. En revanche, elle ne maîtrisait pas les sujets, à l’exception de la fin du débat consacrée aux institutions. Un certain malaise se faisait sentir, notamment lorsque les échanges portaient sur l’économie ou l’énergie.
Emmanuel Macron a affirmé plusieurs éléments contestables, notamment concernant le nombre de personnes à la recherche d’un emploi, l’éolien présenté comme un important créateur d’emplois ou encore la baisse de la TVA sur les produits de première nécessité. À aucun moment Marine Le Pen n’a saisi les opportunités offertes pour contredire ces affirmations, alors qu’il aurait été relativement aisé d’en démonter l’argumentation. Elle n’a pas évoqué le mouvement des Gilets jaunes ni les restrictions des libertés publiques, alors même qu’Emmanuel Macron accusait son projet d’interdiction du voile de mener à la guerre civile et de porter atteinte aux libertés fondamentales.
À aucun moment le bilan du quinquennat d’Emmanuel Macron n’a été réellement interrogé. Marine Le Pen a bien mentionné l’augmentation de la pauvreté, mais ses propos manquaient de crédibilité et de force. Par une attitude défensive, sans réelle volonté de mettre en difficulté son contradicteur, elle a laissé un espace politique considérable à Emmanuel Macron, contrastant avec son comportement excessif et agressif lors du débat de 2017.
Si Marine Le Pen s’est montrée plus posée sur la forme, son manque de préparation et de maîtrise des dossiers ne permettra pas de convaincre les électeurs indécis. L’arrogance d’Emmanuel Macron, en revanche, risque surtout de renforcer la colère et le ressentiment des électeurs de son adversaire, sans pour autant mobiliser les futurs abstentionnistes en sa faveur.
Finalement, ce débat donne le sentiment qu’Emmanuel Macron a bénéficié d’une configuration favorable en affrontant Marine Le Pen à deux reprises. Un débat face à Nicolas Sarkozy, François Fillon ou Jean-Luc Mélenchon aurait sans doute été d’une tout autre intensité, et Emmanuel Macron aurait probablement été mis bien davantage en difficulté.
Trois heures de non-débat, au terme desquelles Emmanuel Macron semble disposer d’un léger avantage technique. Le véritable gagnant de cette confrontation pourrait toutefois être l’abstention et le vote blanc.
Nicolas Maxime