Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...
Ce que beaucoup redoutaient depuis cinq ans s’est réalisé : Emmanuel Macron a été réélu avec 58,5 % des suffrages exprimés contre 41,5 % pour son adversaire du second tour, Marine Le Pen[1].
Comment les Français ont-ils pu renouveler leur confiance à un président aussi détesté, avec un bilan jugé par une large partie de la population comme médiocre, voire catastrophique ?
Tout d’abord, Emmanuel Macron a su capitaliser sur une base électorale issue majoritairement du Parti socialiste, un électorat qui lui est resté en grande partie fidèle par rapport à 2017, tout en ralliant un grand nombre d’électeurs issus de la droite républicaine. Ce double mouvement a contribué à l’effondrement du PS et de LR, désormais tombés sous la barre des 7 %, et à la constitution d’une force politique centrale solide. Malgré les insuffisances de son premier mandat, Emmanuel Macron ne pouvait difficilement descendre en dessous de 28 % au premier tour[2]. La formation de ce « bloc bourgeois », partageant des valeurs communes — fédéralisme européen, libéralisme économique et progressisme sociétal — lui a permis d’arriver en tête dès le premier tour.
Après avoir neutralisé les deux grands partis historiques, il a organisé le jeu politique autour d’une opposition avec deux forces perçues comme plus radicales aux pôles gauche et droite : La France insoumise et le Rassemblement national. Leurs leaders respectifs, Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen, étaient, pour des raisons différentes, fortement rejetés par une partie importante de l’électorat, y compris parmi leurs propres soutiens.
Si aucun candidat ne marchait sur ses plates-bandes, Macron ne craignait rien. LR ayant choisi le suicide assisté avec Pécresse, les jeux étaient faits. Que c’était face à Mélenchon ou Le Pen, dans tous les cas, Macron était donc assuré de sa réélection.
Dans ce contexte, aucun candidat ne venant concurrencer Emmanuel Macron sur son terrain central, le risque était limité. La droite républicaine ayant connu un échec majeur lors du premier tour, l’issue semblait largement scellée. Face à Mélenchon comme face à Le Pen, Emmanuel Macron apparaissait comme le candidat du statu quo et de la stabilité institutionnelle, ce qui lui garantissait un avantage décisif au second tour.
Arrivée au second tour, la droite populiste avait probablement plus de chances d’accéder à la magistrature suprême mais sa chef était encore mauvaise et caricaturale lors du débat de l’entre-deux tours, incapable de connaître et de maîtriser un dossier. De plus, Le Pen, malgré ses tentatives de normalisation, n’a pas pu éviter la diabolisation, étant toujours considérée comme étant d’extrême droite.
Quoi qu’on pense de Macron, on doit reconnaître après cette élection qu’il est le plus grand stratège politique depuis un certain François Mitterrand. Devenir ministre de l’économie en 2014 en étant inconnu du grand public puis président de la République en 2017 et réélu dans la foulée en 2022 sans cohabitation, en détruisant les deux plus grands partis ayant dominé la vie politique de la Ve République, c’est ce qu’on appelle être un génie politique bien qu’il ait eu beaucoup de chance. Cependant, il convient de rappeler qu’Emmanuel Macron n’a recueilli que 37,9 % des électeurs inscrits si l’on intègre l’abstention ainsi que les votes blancs et nuls. Il est le candidat le plus mal élu depuis Georges Pompidou en 1969. Tout semble indiquer que son parti va emporter les législatives derrière. Macron l’a emporté et va encore l’emporter mais il n’arrivera pas à calmer la colère des français. Quelque chose a été définitivement rompu avec les classes populaires depuis le mouvement des Gilets Jaunes et la crise sanitaire. Et ce ne sont pas les mesures explosives de son programme économique et social : report de l’âge légal de la retraite à 65 ans, conditionnement du RSA à des activités professionnelles, libéralisation de l’école... qui vont apaiser les Français. Quand un président est élu par moins de 40 % des électeurs, il doit prendre en compte que ses idées sont minoritaires et qu’il doit consulter la population et non imposer ses réformes par la force.
La question demeure : dans quel état d’esprit se trouveront les Français en 2027 ? Au regard du premier quinquennat, il est permis de craindre un nouveau mandat marqué par des colères, des violences sociales et des tensions politiques persistantes. Espérons juste qu’à la fin, ce ne sera pas le chaos et l’autodestruction.
Nicolas Maxime
[1] Selon les résultats définitifs publiés par le Conseil constitutionnel dans la nuit du 24–25 avril 2022, Emmanuel Macron a été réélu président de la République française avec 58,55 % des suffrages exprimés, contre 41,45 % pour Marine Le Pen au second tour de l’élection présidentielle.
[2] Ministère de l’Intérieur, Résultats du premier tour de l’élection présidentielle 2022, 10 avril 2022.