Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...
On ne comprend pas pourquoi, dans un cas, les 250 milliards d’euros de dépenses publiques supplémentaires envisagées par la NUPES seraient jugées irréalistes[1], tandis que les 100 milliards d’euros de baisses de dépenses publiques proposées par François Fillon en 2017, et désormais reprises par l’IFRAP ou l’Institut Montaigne, seraient considérées comme plus crédibles[2]. D’autant plus que, dans ce second scénario, un mouvement social de grande ampleur aurait très probablement rendu impossibles de telles réformes radicales.
Comme l’ont montré de nombreux économistes post-keynésiens, la dépense publique constitue un moteur central de l’économie. Plus l’économie se développe, plus l’État doit investir dans les infrastructures publiques ; plus le niveau de vie de la population augmente, plus celle-ci accroît sa consommation de biens dits supérieurs — des biens pour lesquels l’élasticité-revenu est particulièrement forte — comme les loisirs, la culture, l’éducation ou la santé[3].
Certains avanceront que le secteur privé pourrait financer la transition écologique ou se voir confier la gestion des hôpitaux et des écoles. Rien n’indique pourtant que les résultats seraient probants, que ce soit en termes d’efficacité économique, de réduction des inégalités ou d’amélioration du niveau de vie. L’expérience internationale montre même que la privatisation de services essentiels tend souvent à accroître les coûts pour les usagers, à dégrader l’égalité d’accès et à affaiblir la cohésion sociale.
Dès lors, la question centrale n’est pas tant le montant — qu’il s’agisse de 100, 250 ou 400 milliards d’euros de dépenses supplémentaires par an — que l’usage de ces dépenses. L’objectif prioritaire devrait être la satisfaction des besoins essentiels de la population : santé, logement, éducation, transports, énergie, alimentation et transition écologique. Autrement dit, il s’agit moins d’un débat comptable que d’un choix politique et social.
Nicolas Maxime
[1] Public Sénat, Face aux critiques, la NUPES défend la crédibilité de son programme économique, 7 juin 2022.
[2] Institut Montaigne, Synthèse du programme de François Fillon, 2017.
[3] Loi d’Engel : lorsque le revenu augmente, la part consacrée aux biens essentiels diminue, tandis que celle dédiée aux biens supérieurs (culture, loisirs, santé, éducation) augmente.