Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...
Lorsqu’on se tourne vers les États-Unis, un grand personnage historique s’impose immédiatement : Franklin Delano Roosevelt. Roosevelt est indissociable de la grande loi de séparation bancaire, le Glass-Steagall Act, qui a strictement cloisonné les activités de dépôt et de spéculation, limitant fortement le pouvoir de la finance après la crise de 1929[1]. Il est également associé au New Deal, sans doute le plus vaste plan d’intervention de l’État jamais mis en œuvre aux États-Unis, reposant sur des investissements publics massifs dans les infrastructures, les grands travaux, l’emploi et la protection sociale, posant ainsi les bases de l’État-providence américain[2].
Il convient également de rappeler que sous sa présidence, le taux marginal supérieur de l’impôt sur le revenu a été porté jusqu’à 91 % en 1941, un niveau aujourd’hui jugé irréaliste ou qualifié d’idéologique, alors même qu’il fut appliqué dans la première puissance économique mondiale sans empêcher la croissance ni l’innovation[3].
Roosevelt fut aussi un chef d’État pleinement engagé dans la défense de la démocratie. Il n’hésita pas à engager son pays dans la Seconde Guerre mondiale lorsque cela s’avéra nécessaire. Il est généralement associé, aux côtés de Winston Churchill, Charles de Gaulle et Joseph Staline, aux vainqueurs du nazisme. Il ne put toutefois assister à la fin du conflit, étant décédé quelques semaines avant la capitulation allemande.
Atteint de poliomyélite et lourdement handicapé, Roosevelt porta une attention particulière aux plus défavorisés. Sa politique fut marquée par une sensibilité aiguë aux injustices sociales, à la pauvreté et aux formes d’oppression économique. Cette orientation inspirera plus tard la War on Poverty menée par Lyndon B. Johnson dans les années 1960[4].
Tout n’était évidemment pas parfait dans l’action de Roosevelt, notamment en matière de droits civiques ou de politique étrangère. Néanmoins, son héritage demeure central pour comprendre qu’un État fort, stratège et protecteur peut constituer un levier puissant de cohésion sociale, de développement économique et de stabilité démocratique. Il incarne encore aujourd’hui une référence majeure pour celles et ceux qui défendent un interventionnisme public assumé face aux crises économiques et sociales.
Nicolas Maxime
[1] Federal Reserve, Banking Act of 1933 (Glass-Steagall Act) : la loi « séparait effectivement les banques commerciales des banques d’investissement » afin d’éviter « le détournement des fonds vers des opérations spéculatives » après la crise de 1929.
[2] Encyclopædia Britannica, « New Deal » : ensemble de programmes et réformes lancés entre 1933 et 1939 visant à « soulager, redresser et réformer » l’économie américaine, incluant des politiques de travaux publics, de soutien à l’emploi et la création de dispositifs de sécurité sociale.
[3] Thomas Piketty, Capital et idéologie, Seuil, 2019.
[4] Encyclopædia Britannica, « War on Poverty » : ensemble de programmes lancés en 1964 dans le cadre de la « Great Society », visant à réduire la pauvreté par des politiques publiques d’éducation, d’emploi, de santé et d’aide sociale, dans la continuité des interventions fédérales initiées par le New Deal.