Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...
Ce qui est intéressant avec ce genre de publications sur les grèves, c’est qu’elles permettent de situer assez rapidement les positions de chacun sur l’axe travail-capital. Et, globalement, il n’y a pas vraiment de surprise : les soutiens d’Emmanuel Macron, une partie de la droite parlementaire et une myriade de souverainistes de droite — dont l’opposition principale repose surtout sur la question européenne — se retrouvent souvent du côté de la défense des marchés financiers et des intérêts des actionnaires.
Dans le cas présent, 2,6 milliards d’euros de dividendes records ont été versés et le salaire du PDG de Total a augmenté de 50 %[1]. Mais visiblement, le problème ne vient pas de là. Non, le problème serait les salariés, jugés trop privilégiés, trop rémunérés et responsables des difficultés économiques en raison de leurs mouvements sociaux.
Les mêmes expliquent d’ailleurs que les salariés de Total Énergies et d’Esso-ExxonMobil n’auraient aucune raison de faire grève puisqu’ils bénéficient de primes et de dispositifs de participation. En réalité, ces sommes restent des miettes comparées aux revenus versés aux actionnaires. Mais peu importe : l’essentiel est de rappeler que les salariés doivent accepter leur situation sans remettre en cause le partage des richesses.
On retrouve d’ailleurs ces mêmes arguments à chaque conflit social : cette grève serait « sectorielle », elle pénaliserait les salariés les plus modestes, elle serait illégitime au regard de la rémunération des grévistes. Des raisonnements qui sont généralement portés par ceux qui s’opposent également à l’augmentation du SMIC, à une revalorisation générale des salaires et qui considèrent souvent que les chômeurs et les bénéficiaires des minima sociaux sont avant tout des personnes qu’il faudrait davantage contraindre à travailler.
En réalité, ce sont souvent les mêmes qui se sont opposés aux grèves des cheminots, qui ont méprisé les revendications des femmes de chambre de l’hôtel Ibis, qui ont minimisé les mobilisations des soignants ou qui sont restés indifférents face aux salariés victimes de fermetures d’usines comme Bridgestone ou Continental.
Le mot d’ordre est toujours le même : « laissez-nous travailler ». Comprendre : laissez-nous produire, laissez-nous maintenir la rentabilité et surtout ne remettons jamais en cause les intérêts économiques dominants.
Que vous soyez favorables ou opposés à l’Union européenne, droitards néolibéraux de toute la France, unissez-vous donc pour défendre les intérêts du Capital et de vos amis actionnaires. Et n’oubliez pas de prier pour Saint Milton, saint patron des marchés financiers et des actionnaires.
La solidarité doit être TOTALE avec les salariés des dépôts de carburants de Total Énergies et d’Esso-ExxonMobil, dont les actionnaires n’ont cessé de se gaver pendant que l’on demande toujours davantage d’efforts aux salariés.
Le gouvernement, en réquisitionnant les travailleurs et en remettant ainsi en cause le droit de grève, démontre une nouvelle fois de quel côté il se situe : celui des marchés financiers et des actionnaires.
Nicolas Maxime
[1] BFM Business, TotalEnergies va verser à ses actionnaires un acompte sur dividende exceptionnel de 2,62 milliards d’euros, 28 septembre 2022 ; La Tribune, TotalEnergies : la rémunération du PDG a bondi de 52 % en 2021, 25 mars 2022.