Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...
Les débats autour des grèves constituent souvent un révélateur des positionnements sur l’axe travail-capital. Sans grande surprise, une partie des soutiens du gouvernement, des responsables issus de la droite parlementaire et de certains courants souverainistes de droite — dont l’opposition principale porte avant tout sur la question européenne — adoptent des positions favorables aux marchés financiers et aux actionnaires.
Dans le cas présent, alors que des dividendes records ont été versés et que la rémunération des dirigeants a fortement augmenté, la responsabilité des tensions sociales est fréquemment imputée aux salariés, accusés d’être trop rémunérés ou de nuire à l’économie par leurs mouvements sociaux. Les primes et dispositifs de participation sont pourtant marginaux au regard des revenus perçus par les actionnaires. Les mêmes discours avancent que ces grèves seraient sectorielles, qu’elles pénaliseraient les salariés les plus modestes ou qu’elles seraient illégitimes au regard de la situation financière des grévistes.
Ces positions sont généralement cohérentes avec une opposition à l’augmentation du SMIC, à une revalorisation générale des salaires et avec une lecture très restrictive des politiques de solidarité, assimilant fréquemment les chômeurs et les bénéficiaires des minima sociaux à une population insuffisamment incitée au travail. Elles s’inscrivent dans une continuité observable lors d’autres conflits sociaux — qu’il s’agisse des mouvements des cheminots, des femmes de chambre du groupe hôtelier Ibis, des personnels soignants ou des salariés touchés par des fermetures d’usines comme Bridgestone ou Continental.
Dans ce cadre, la consigne implicite reste la primauté de la continuité économique et de la rentabilité, au détriment de la reconnaissance des revendications salariales. Les clivages sur l’Union européenne apparaissent alors secondaires face à une convergence autour de la défense des intérêts du Capital.
Le soutien exprimé aux salariés des dépôts de carburants de Total Énergies et de Esso‑ExxonMobil s’inscrit dans ce contexte. Le gouvernement en réquisitionnant les salariés et en remettant ainsi en cause le droit de grève démontre encore une fois qu’il défend les intérêts des marchés financiers et des actionnaires.
Nicolas Maxime