Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...
Sur ce sujet de l’intersectionnalité, le meilleur moyen de lutter contre les discriminations est de permettre à toutes et tous d’accéder à un emploi et un logement, en instaurant une garantie d’emploi et en créant une Sécurité sociale du logement, d’assurer l’égalité salariale entre les femmes et les hommes, et de réaffirmer la loi de 1905 sur la laïcité.
Cela apparaît bien plus efficace que de déboulonner des statues, de déclarer l’existence d’un racisme systémique, de promouvoir l’écriture inclusive, d’afficher des hommes enceints ou de défendre le port du burkini.
Certains militants engagés sur ces thématiques sont sincères et animés de bonnes intentions. Néanmoins, ces combats semblent mal orientés, parfois naïfs, et surtout contre-productifs, certains excès devenant même ridicules. L’intersectionnalité rend la question sociale invisible, tandis que les marchés s’adaptent très rapidement en identifiant ces nouveaux marqueurs identitaires pour créer de nouveaux produits et services à destination de consommateurs segmentés.
Mais surtout, l’intersectionnalité produit un effet miroir : elle alimente mécaniquement la montée des revendications identitaires de droite. Ces courants réactionnaires ont trouvé un nouveau thème mobilisateur depuis l’affaiblissement du marxisme, en parlant en permanence de ces sujets et en les regroupant sous le néologisme flou et importé de « wokisme », concept largement déconnecté des réalités françaises. Il suffit d’observer les réactions en boucle sur les réseaux sociaux pour mesurer à quel point cette polarisation fonctionne.
Rien n’illustre davantage la pauvreté intellectuelle des débats politiques actuels et leur décalage avec la réalité vécue par une majorité de citoyens que cette opposition permanente entre intersectionnels et anti-intersectionnels. Cette confrontation constitue une diversion idéale, permettant d’éclipser la question sociale, alors même que la situation est alarmante : 10 millions de personnes vivent dans la pauvreté[1], 6 millions sont privées d’emploi[2], 4 millions sont mal logées et près de 300 000 sont sans domicile en France[3].
Les défenseurs de l’intersectionnalité accusent leurs opposants de racisme tandis que les détracteurs de l’intersectionnalité répliquent en dénonçant un supposé « islamo-gauchisme »[4] ou un « wokisme ». Les polémiques s’enchaînent : affiches du Planning familial, propos de responsables politiques ou intellectuels, indignations médiatiques successives. Pendant ce temps, les sujets du quotidien — emploi, logement, salaires, services publics — disparaissent du débat public.
Cette opposition apparaît ainsi comme un sujet clivant principalement investi par les bourgeois, qu’ils soient de gauche ou de droite. À côté de ces débats, il existe un monde social bien réel, composé de personnes qui se préoccupent peu de ces polémiques et qui sont avant tout confrontées à des difficultés matérielles concrètes.
Si l’objectif est réellement de lutter contre les discriminations, la seule voie efficace reste celle de l’égalité sociale et de l’universalité des droits, et non celle d’une fragmentation de la société par la multiplication des identités, des appartenances et des conflits symboliques.
Nicolas Maxime
[1] INSEE, Niveau de vie et pauvreté en 2019, 2021.
[2] DARES, Les demandeurs d’emploi inscrits à Pôle emploi, statistiques trimestrielles, 2021-2022.
[3] Fondation Abbé Pierre, L’état du mal-logement en France 2021.
[4] Le terme « islamo-gauchisme » est une expression polémique utilisée dans le débat public français pour désigner une supposée alliance entre une partie de la gauche radicale et des mouvements islamistes.