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Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...

État, Nation et souveraineté : les fondements du lien politique

Pourquoi il est préférable d’évoquer l’État ou même l’État-Nation plutôt que la Nation ?

Selon la définition courante, la Nation serait une communauté humaine caractérisée par la conscience de son identité historique ou culturelle, et souvent par l'unité linguistique ou religieuse[1]. Certains iront plus loin en y intégrant des origines ethniques similaires. Mettre en avant la Nation, c’est mettre en avant une identité abstraite en déterminant certains codes et usages qui seraient communs à tous ; la dérive ultime serait de déterminer une couleur de peau ou une religion prédominante, ce qui s’oppose aux valeurs universalistes. Ce n’est pas un hasard si certains de ceux qui brandissent la Nation comme étendard détestent l’État. Ainsi, il n’est pas étonnant de constater que la plupart des nationalistes sont néolibéraux voire libertariens : Donald Trump, Viktor Orbán, voire Éric Zemmour.

Si l’on veut établir un lien entre une communauté de citoyens, alors il faut plutôt parler de l’État et lier la Nation à l’État. Lier une identité commune à partir de l’État prend ainsi tout son sens. En France, l'État s'est organisé par l’action centralisatrice et unificatrice du pouvoir royal puis la Révolution française a contribué de manière décisive à l’émergence de la Nation, donnant ainsi naissance à l’État-Nation.

Selon Jean-Jacques Rousseau, l’État agit comme dépositaire de la souveraineté nationale qui appartient au peuple ; il est l’instrument du pouvoir politique et sert l’intérêt général[2]. L’État est fortement lié à la notion de souveraineté, et plus particulièrement à la souveraineté populaire. Le peuple se définit comme l'ensemble des habitants d'un même territoire, solidaires par choix, nécessité et destin.

Cependant, il a existé des dérives dites totalitaires au cours de l’histoire où le pouvoir central de l’État était capté par une caste ou un parti unique mettant en place les rouages d’une bureaucratie despotique qui contrôle aussi bien la sphère publique que privée, ainsi qu’une propagande de masse destinée à encadrer la population.

Mettre en avant l’État ou l’État-Nation, c’est mettre en avant le contrat social qui permet aux individus de s’associer en vue de fonder une société et d’accepter un certain nombre de lois pour garantir la liberté et l’égalité des citoyens[3]. Le stade ultime de l’État est l’État-Providence qui devient social et permet à chacun d’assurer les moyens de son existence, de corriger les inégalités sociales et de contribuer à la cohésion sociale : Sécurité sociale, services publics gratuits et accessibles à tous, monopoles d’État, impôts progressifs sur le revenu et le patrimoine.

La remise en cause de l’État-Providence à travers les politiques néolibérales depuis les années 1980, ainsi que la cession d’une partie des prérogatives de la souveraineté de la France à l’Union européenne — marché unique, monnaie unique, espace Schengen — a fortement affaibli le rôle de l’État-Nation dans la construction d’une identité commune, au profit d’un individualisme négatif porté par des marchés financiers mondialisés.

La distinction entre Nation et État ne relève pas d’un simple débat sémantique, mais engage une conception du lien politique. Là où la Nation peut dériver vers une définition identitaire et exclusive, l’État-Nation permet d’ancrer la communauté politique dans un cadre juridique, institutionnel et universaliste. Dans ce cadre, la cohésion sociale ne repose pas sur des appartenances figées mais sur un projet collectif fondé sur la souveraineté populaire et l’intérêt général.

 

Nicolas Maxime


[1] Ernest Renan, Qu’est-ce qu’une nation ?, conférence, 1882.

[2] Jean-Jacques Rousseau, Du contrat social, 1762.

[3] Ibidem.

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