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Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...

La personnalisation du pouvoir : le cas de La France Insoumise

Il n’y a guère de surprise face à ce qui se déroule au sein de La France Insoumise, avec ce qui s’apparente à un coup de force de Jean-Luc Mélenchon, installant Manuel Bompard à la tête de l’appareil et écartant de la direction du mouvement des figures jugées trop concurrentes ou trop autonomes — François Ruffin, Clémentine Autain, Alexis Corbière et Éric Coquerel.

Dès la création de LFI, certains avaient alerté des partisans sur le manque de transparence et de démocratie interne d’un mouvement entièrement structuré autour de son leader. Jean-Luc Mélenchon est tout sauf un démocrate interne : il agit avant tout comme un dirigeant opportuniste et autoritaire, animé par un objectif central — asseoir un pouvoir personnel durable et accéder, un jour, à la présidence de la République. Si le second objectif apparaît hautement improbable, le premier justifie, à ses yeux, tous les moyens, y compris celui de saborder le mouvement qu’il a lui-même fondé.

Dès 2019, plusieurs responsables importants avaient déjà été écartés dans des conditions contestées : Charlotte Girard, François Cocq, Djordje Kuzmanovic et Thomas Guénolé. Tous avaient été progressivement marginalisés au nom de désaccords supposés avec la ligne politique, mais surtout parce qu’ils remettaient en cause le leadership centralisé du chef.

Lors des élections présidentielles de 2017 et de 2022, le vote en faveur de Jean-Luc Mélenchon s’est souvent fait sans enthousiasme, par défaut, principalement pour éviter un duel pourtant annoncé entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen[1].

Pourtant, à l’origine, la genèse de LFI réunissait de nombreux éléments susceptibles de refonder une gauche crédible : la rupture avec le néolibéralisme et l’économie de marché sans basculer dans un anticapitalisme simpliste, la promesse d’une démocratie renouvelée reposant sur l’intervention populaire, un plan écologique structuré et cohérent — plus solide que celui des Verts —, la volonté de rompre avec les traités européens, soit par une renégociation — plan A —, soit par une sortie assumée — plan B —, ainsi qu’une ligne laïque ferme, opposée à tous les communautarismes religieux sans tomber dans le laïcisme punitif.

Tous les ingrédients semblaient réunis pour une conquête du pouvoir : souverainisme, démocratie, socialisme, écologie, laïcité. Et pourtant, tout s’est progressivement effondré, dès l’après-présidentielle de 2017, marquée par l’épisode devenu emblématique du La République, c’est moi. Depuis lors, le mouvement paraît engagé dans une lente extinction, miné par sa dépendance à un leader dont le charisme électoral faisait paradoxalement sa force autant que sa fragilité. Car s’il était sans doute le seul à pouvoir atteindre un tel score à gauche, cette situation révélait surtout l’état de décomposition avancée de celle-ci depuis l’effondrement du Parti socialiste.

 

Nicolas Maxime


[1] Les enquêtes électorales CEVIPOF/IPSOS montrent que le « vote utile » a fortement structuré les choix au premier tour des présidentielles en 2017 et en 2022, notamment parmi les électeurs de gauche cherchant à éviter un second tour Macron–Le Pen.

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