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Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...

L’idéologie partout

Beaucoup de personnes sur Internet commentent des publications et débattent sur les réseaux sociaux. Le contre-argument le plus fréquemment mobilisé par les contradicteurs est celui de l’idéologie.

Mais justement, toute opposition d’idées repose sur une idéologie. L’idéologie se définit comme un système d’idées générales constituant un corps de doctrine philosophique et politique servant de base à un comportement individuel ou collectif[1].

Le marxisme est une idéologie, le nationalisme est une idéologie, le néolibéralisme est une idéologie, l’écologisme est une idéologie. Toutes les doctrines politiques sont, par définition, des idéologies.

Ceux qui dénoncent l’idéologie sont bien souvent les premiers idéologues, convaincus de détenir une vérité universelle et indiscutable. Il n’existe pas, d’un côté, un camp de la raison pure et, de l’autre, un camp des croyances irrationnelles. Par exemple, un travailleur social, en contact quotidien avec des publics précaires, construira sa perception du réel à partir de son expérience de terrain, tandis qu’un gestionnaire de patrimoine élaborera une lecture tout à fait différente de cette même réalité, à partir de ses propres intérêts, pratiques et cadres de pensée.

En réalité, chacun perçoit et interprète le monde à travers un prisme particulier. Chacun construit son corpus idéologique en fonction de son éducation, de son milieu social, de son parcours professionnel et de son expérience vécue. L’idéologie n’est donc pas une anomalie du débat public, mais sa condition même.

Prétendre s’en affranchir relève d’une illusion dangereuse. Comme l’ont montré de nombreux penseurs, l’idéologie la plus efficace est souvent celle qui ne se reconnaît pas comme telle. Lorsqu’un discours se présente comme purement pragmatique, technique ou dénué de toute vision du monde, il masque en réalité ses présupposés et naturalise des choix politiques.

Reconnaître l’existence des idéologies ne signifie pas renoncer au débat rationnel. Cela implique au contraire de rendre explicites les cadres de pensée à partir desquels chacun parle, afin de confronter honnêtement des visions du monde, plutôt que de disqualifier l’adversaire en le renvoyant à une idéologie supposée, tout en niant la sienne.

 

Nicolas Maxime


[1] Louis Althusser, Idéologie et appareils idéologiques d’État, La Pensée, 1970.

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