Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...
Passé ce premier tour des élections législatives, on apprend que la Banque centrale européenne (BCE) a relevé ses taux directeurs et prévoit de le faire à nouveau plusieurs fois avant la fin de l’année afin d’atteindre son objectif de stabilité des prix, c’est-à-dire 2 % d’inflation par an. Concrètement, cela signifie que l’emprunt va coûter beaucoup plus cher, les banques commerciales répercutant cette hausse par une augmentation de leurs taux d’intérêt.
Il convient de rappeler que l’inflation actuelle est principalement due au ralentissement de la production durant la pandémie et à la raréfaction des énergies fossiles et des matières premières. Les causes ne sont donc pas monétaires. Contrairement à ce que l’on peut lire abondamment sur Internet, la création monétaire n’est pas responsable de l’inflation actuelle. La politique de rachat massif d’obligations d’État par les banques centrales avait déjà débuté dès 2008, sans incidence notable sur l’indice des prix.
En résumé, les plans de relance mis en œuvre par les États à la sortie des confinements risquent de ne servir à rien, la reprise économique pouvant être étouffée dans l’œuf.
La remontée des taux provoquera des faillites en série, le coût de l’emprunt devenant trop élevé, notamment pour les entreprises déjà très endettées depuis la crise sanitaire. Si les taux nominaux dépassent le taux d’inflation, une crise des dettes souveraines pourrait également survenir. Dans l’Union européenne, les dettes publiques des pays du Sud deviendraient rapidement insoutenables, ces États ne bénéficiant pas des mêmes conditions de financement en raison des écarts de taux (spreads)[1]. L’augmentation de la charge de la dette pourrait alors déclencher une nouvelle crise de la zone euro. Les risques de défaut seraient importants pour certains pays déjà fragilisés, et une cure d’austérité serait de nouveau préconisée par les institutions européennes, la BCE et la Commission européenne en tête.
La conséquence la plus dangereuse pourrait toutefois être l’éclatement de certaines bulles spéculatives, comme celle de la dette étudiante, susceptible de déboucher sur une nouvelle crise financière d’une ampleur comparable à celle de 2008.
Comment réagiront les dirigeants politiques ? Si Emmanuel Macron obtient une majorité absolue, il mènera probablement la politique de rigueur et de réduction des dépenses publiques qu’il envisageait dès son élection en 2017, mais que les événements de son premier quinquennat – mouvement des Gilets jaunes et pandémie de Covid-19 – avaient empêchée.
Quant à Jean-Luc Mélenchon, s’il devenait Premier ministre, il n’aurait guère d’autre choix que de renoncer rapidement à son « plan A », la BCE refusant de racheter les obligations d’État françaises. Il devrait alors soit se plier aux contraintes européennes, à l’image d’Alexis Tsipras en Grèce, soit envisager une sortie de la zone euro, ou à défaut l’émission d’une monnaie fiscale.
Tant que la politique monétaire relèvera de la BCE, les marges de manœuvre resteront extrêmement limitées. Il est donc probable que l’Europe entre dans une nouvelle phase d’austérité, source de nouvelles tensions sociales et politiques.
Nicolas Maxime
[1] Le spread correspond à l’écart de taux entre les obligations souveraines d’un État et celles d’un pays de référence sans risque (souvent l’Allemagne). Plus le spread est élevé, plus l’État paie cher pour emprunter, reflétant un risque souverain perçu plus important.