Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...
La dernière polémique autour d’une activité de karting organisée au sein de la prison de Fresnes démontre bien la méconnaissance d’une partie des droitards et de leur méconnaissance de l’univers carcéral.
D’abord, une majorité des détenus ayant participé à cette activité étaient condamnés à de courtes peines. Ensuite, cela fait des années que des activités sportives, culturelles ou éducatives existent dans les maisons d’arrêt et les centres de détention sans que cela ne suscite la moindre indignation médiatique. Ce qui choque aujourd’hui n’est donc pas la pratique en elle-même, mais son instrumentalisation.
À droite, on pense encore qu’en punissant et en donnant des coups de bâton, on améliorerait le comportement des prisonniers. L’exemple américain démontre exactement l’inverse. Les États-Unis, malgré un système carcéral parmi les plus répressifs au monde, comptent près de 1.8 millions de détenus, soit le taux d’incarcération le plus élevé en valeur absolue[1]. Le taux de récidive y est également l’un des plus importants. La surpopulation carcérale y atteint des niveaux extrêmes, avec parfois trois ou quatre détenus par cellule. La prison américaine est devenue le symbole d’un échec : celui d’une société incapable de réinsérer, qui entasse des millions de personnes dans des conditions indignes, laisse prospérer gangs, drogue et violence, parfois avec la complicité de personnels corrompus. Nombre de détenus en ressortent traumatisés, pires qu’avant, parfois brisés psychiquement.
La prison française prend progressivement le même chemin, malgré les efforts constants de nombreux juges d’application des peines, des services pénitentiaires d’insertion et de probation (SPIP) et de certains directeurs d’établissement qui ont compris la nécessité de miser sur la réinsertion et sur des conditions d’incarcération dignes. Le débat n’est pas d’être pour ou contre la prison, mais de savoir quel type d’incarcération est souhaité : faut-il punir ou réparer ?
Il est possible d’être favorable à des peines plus sévères pour certains délits graves — trafic de stupéfiants, violences gratuites, atteintes graves aux personnes — tout en refusant une incarcération qui rendrait les détenus pires qu’avant. Quel est l’intérêt d’une peine si elle fabrique de nouveaux dangers pour la société ? Le but de l’incarcération devrait être de rendre meilleurs ceux qui ont enfreint la loi, pas de produire des psychopathes, des criminels aguerris ou des terroristes.
Des alternatives existent. Les prisons ouvertes scandinaves fonctionnent sur un modèle radicalement différent : absence de grillages, de barreaux et de serrures, mais un cadre strict fondé sur la responsabilisation, le travail, la formation et les activités. Certains détenus y apprennent un métier, d’autres obtiennent des diplômes, parfois même universitaires, alors qu’ils étaient initialement non diplômés. Et cela fonctionne : les pays scandinaves affichent des taux d’incarcération et de récidive parmi les plus faibles au monde[2].
En France, deux prisons ouvertes existent, notamment en Corse et en Dordogne[3]. Malgré des résultats encourageants, les autorités continuent de privilégier une approche punitive, par crainte d’être accusées de laxisme par l’opinion publique. Il ne s’agit évidemment pas des criminels les plus dangereux incarcérés en maison centrale, mais de détenus ayant de réelles capacités de réinsertion.
La solution n’a jamais été uniquement la surveillance et la punition. Cette logique produit des effets délétères : surpopulation carcérale, conditions de détention indignes, radicalisation, apprentissage du crime et parfois du terrorisme. L’alternative repose sur la réparation et la réinsertion, lorsque cela est possible — même s’il existe une minorité de détenus pour lesquels ces dispositifs ne fonctionnent pas.
Pour clore le débat sur la prison, quelques rappels essentiels :
Nicolas Maxime
[1] Les États‑Unis comptent environ 1,8 million de personnes incarcérées dans leurs prisons d’État, fédérales et locales, ce qui représente le plus grand effectif de détenus d’un pays au monde en valeur absolue (au‑delà des simples comparaisons de taux d’incarcération).
[2] Voir par exemple : International Review of Custodial Models for Women (Scotland, 2022) pour une présentation du modèle scandinave non punitif, avec prisons ouvertes, responsabilisation, travail et formation des détenus, favorisant la réinsertion et des taux de récidive parmi les plus faibles au monde.
[3] En France, seuls deux établissements pénitentiaires fonctionnent comme centres de détention « ouverts » ou semi‑ouverts, avec un niveau de sécurité allégé et une autonomie accordée aux détenus : le centre de détention de Casabianda (Haute‑Corse) et le centre de détention de Mauzac (Dordogne).