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Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...

La « fin de l’abondance » : un discours politique au service du néolibéralisme

Le discours d’Emmanuel Macron sur la fin de l’abondance constitue une énième justification destinée à réduire les dépenses publiques. Sécurité sociale, retraites, assurance chômage, minima sociaux, services publics : pour les néolibéraux, tout cela coûterait trop cher. Il faudrait donc réduire le « train de vie » des pauvres, accusés de profiter d’un système jugé trop généreux.

Ce que le président ne précise pas lorsqu’il évoque les liquidités, c’est que depuis 2008 les banques centrales ont inondé les marchés financiers de monnaie afin d’éviter une spirale déflationniste. Cette politique, appelée quantitative easing (QE), a consisté en des rachats massifs d’obligations d’État et de dettes d’entreprise[1]. Dans le même temps, les taux directeurs ont été maintenus à des niveaux très bas, voire nuls, déclenchant une politique de crédit quasi illimité.

Cette stratégie n’a pas produit les effets escomptés. La reprise économique n’a pas eu lieu, faute d’être accompagnée d’une véritable politique budgétaire. Le QE a surtout alimenté la spéculation financière, provoquant une inflation des actifs financiers. Les ultra-riches ont ainsi vu la valeur de leur patrimoine s’envoler, les valeurs patrimoniales augmentant bien plus vite que le PIB. Les 0,1 % les plus riches ne se sont jamais autant enrichis que ces dernières années, vivant une abondance indécente, largement passée sous silence par les grands médias.

Cette création monétaire massive aurait pourtant pu permettre de mener une politique ambitieuse d’investissements publics : infrastructures, transition écologique, recherche, éducation. Les États, soumis aux exigences des marchés financiers, en ont décidé autrement. Cela démontre que tout relève de choix politiques et que l’économie n’est pas une science absolue, contrairement à ce que prétendent les économistes néolibéraux.

Là où le diagnostic présidentiel est partiellement exact, c’est sur la raréfaction des matières premières et des énergies fossiles. Il existe bien une fin de l’abondance à ce niveau : il n’est pas possible de prélever indéfiniment davantage que ce que la planète peut fournir.

En revanche, ce qui n’est pas dit, c’est qu’il serait possible d’intégrer pleinement les enjeux climatiques dans les modes de production et de consommation, mais aussi dans les conditions de vie : circuits courts alimentaires, relocalisation des chaînes de production, recyclage massif, modes de transport plus vertueux, rénovation thermique des bâtiments, végétalisation des espaces publics, protection de la biodiversité.

Pour cela, il faudrait rompre avec le néolibéralisme et l’obéissance aux marchés financiers, restaurer une planification étatique et remettre en cause le dogme de la libre circulation des capitaux, des marchandises et des personnes, qui accentue la concurrence entre États et favorise l’évasion fiscale des ultra-riches et des multinationales. Cela supposerait de reconquérir une souveraineté alimentaire, industrielle, énergétique et monétaire, et de bâtir une véritable Europe de la coopération entre États-Nations, et non une Union européenne néolibérale au service de la finance.

Ce que ce pouvoir ne fera pas.

L’abondance est en réalité inhérente au capitalisme financier : toujours plus de richesses, de capitaux et de dettes pour une infime minorité. Ce système n’a fonctionné que grâce à des énergies fossiles et des matières premières longtemps bon marché et abondantes. L’inflation en révèle aujourd’hui les limites et grippe la machine. John Maynard Keynes affirmait que l’inflation était « l’euthanasie des rentiers »[2]. Les néolibéraux, eux, font le choix inverse : préserver les rentiers et faire payer l’ajustement aux plus pauvres.

Emmanuel Macron s’inscrit pleinement dans ce cadre idéologique. En définitive, ce sont les plus précaires qui supporteront le coût de la « fin de l’abondance » par la remise en cause progressive de leurs droits sociaux et par des services publics dégradés, afin de satisfaire des marchés financiers pour lesquels la fin de l’abondance signifierait la fin du capitalisme financier lui-même.

 

Nicolas Maxime


[1] Assouplissement quantitatif (QE) : instrument de politique monétaire non conventionnelle utilisé par les grandes banques centrales (FED, BCE, Bank of England) après la crise financière de 2008, consistant en des rachats massifs de titres d’État et autres actifs financiers afin d’injecter des liquidités dans le système, de baisser les taux d’intérêt à long terme et d’éviter la déflation, ce qui a aussi conduit à une forte expansion des bilans des banques centrales.

[2] John Maynard Keynes, La Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie, Payot, 1936.

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