Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...
Cette réforme de l’assurance chômage est à la fois injuste et socialement régressive. L’idée selon laquelle la réduction d’un quart de la durée d’indemnisation inciterait mécaniquement les demandeurs d’emploi à retrouver un travail repose sur une hypothèse largement contestée.
À court et moyen terme, le nombre d’offres d’emploi non pourvues restera comparable à celui observé aujourd’hui, pour plusieurs raisons structurelles :
Ainsi, la réforme ne permet pas d’atteindre son objectif affiché de retour rapide à l’emploi. En revanche, elle expose un nombre important de demandeurs d’emploi à un risque accru de basculement dans la pauvreté, voire dans l’extrême pauvreté. Dans un contexte d’inflation marquée et de hausse continue des prix, la diminution de l’indemnisation équivaut à une baisse significative du niveau de vie. La question du paiement des dépenses contraintes — alimentation, factures, loyers — devient alors centrale pour les personnes concernées.
Les conséquences sociales anticipées sont multiples : augmentation des expulsions locatives, hausse du taux de pauvreté, progression du nombre de bénéficiaires des minima sociaux et accroissement du nombre de personnes sans domicile.
Cette réforme présente également un risque sanitaire et humain majeur. Le chômage est déjà l’une des situations socio-professionnelles les plus associées à la détérioration de la santé mentale. Selon les données de l’Observatoire national du suicide, près de 30 % des personnes au chômage en France ont, à un moment donné, envisagé le suicide. Comme le souligne l’un de ses rapports :
— Le chômage entraîne une détérioration de la santé mentale pouvant aller de l’anxiété à la dépression, voire, dans sa forme la plus dramatique, au suicide[2].
Enfin, cette réforme s’inscrit dans un climat plus large d’apathie sociale, où les débats publics se concentrent davantage sur des polémiques symboliques ou des controverses sociétales que sur les enjeux sociaux structurels. Dans ce contexte, la notion même de solidarité tend à perdre sa centralité dans une société marquée par l’individualisation et la logique néolibérale.
Nicolas Maxime
[1] DARES, Les tensions sur le marché du travail en 2021, Dares Résultats n° 45, 8 septembre 2022 : après une baisse en 2020, les tensions sur le marché du travail ont rebondi en 2021 pour atteindre leur plus haut niveau depuis 2011, avec environ 7 métiers sur 10 en tension forte ou très forte, en particulier dans le bâtiment, l’industrie, l’informatique et les télécommunications, ainsi que chez les infirmiers — reflétant une inadéquation structurelle entre l’offre et la demande de travail plutôt qu’un simple effet des règles d’indemnisation ou des comportements individuels
[2] Observatoire national du suicide, 4e rapport – Suicide : connaître pour prévenir. Dimensions nationales, locales et associatives, publié par la DREES, 2018.