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Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...

Réforme des retraites : un choix politique déguisé en contrainte budgétaire

Le gouvernement Borne envisage de mettre en œuvre une réforme des retraites ayant pour objectif le recul progressif de l’âge légal de départ à la retraite à 65 ans et l’allongement de la durée de cotisation. Malgré l’annonce de mesures censées prendre en compte la pénibilité (futures usines à gaz ?), cette réforme sera profondément injuste pour les travailleurs les plus précaires et pour les femmes, dont les carrières sont plus souvent hachées et interrompues.

La raison officielle invoquée serait de sauver le système de retraite, présenté comme structurellement déficitaire. Or, le système de retraite par répartition n’est pas intenable financièrement, contrairement aux fake news propagées par le gouvernement et ses soutiens. Le régime des retraites était même excédentaire en 2021 à hauteur de 3 milliards d’euros. Les projections du Conseil d’orientation des retraites (COR) confirment que le système est solide : à l’horizon 2070, il serait équilibré sans modification structurelle[1].

Au pire, si l’on considère ces scénarios comme trop optimistes et qu’un problème de financement apparaîtrait dans les années à venir, des marges de manœuvre existent. Il serait possible de mobiliser les ressources de la CADES (Caisse d’amortissement de la dette sociale), qui deviendront disponibles à partir de 2033, soit environ 24 milliards d’euros par an[2], ainsi que celles du Fonds de réserve pour les retraites, qui dispose de plus d’une vingtaine de milliards d’euros d’actifs[3].

Il n’existe donc aucun dérapage incontrôlé des dépenses de retraite à moyen ou long terme au regard de la richesse produite en France. En revanche, les questions du poids des retraites dans le PIB, de la justice au sein d’une génération ou entre les générations, de la prise en compte des carrières féminines et de la pénibilité du travail relèvent bien de choix politiques.

Reculer l’âge légal de départ à la retraite n’est donc pas une nécessité budgétaire, mais un CHOIX POLITIQUE assumé, dicté par une orientation idéologique et non par une contrainte financière objective.

 

Nicolas Maxime


[1] Conseil d’orientation des retraites (COR), Évolutions et perspectives des retraites en France – Rapport annuel, septembre 2022.

[2] Caisse d’amortissement de la dette sociale (CADES), créée par l’ordonnance n° 96-50 du 24 janvier 1996, chargée d’amortir la dette sociale via des recettes affectées (CRDS, fraction de CSG). La loi organique prévoit son extinction une fois la dette apurée, actuellement programmée en 2033. Voir : CADES, Rapport annuel (données financières détaillant des recettes annuelles de l’ordre de 20 à 25 Md€).

[3] Le Fonds de réserve pour les retraites (FRR) disposait d’un portefeuille d’environ 21,3 milliards d’euros d’actifs à la fin de 2022, après plusieurs années de versements à la CADES pour amortir la dette sociale.

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