Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...
Lorsqu’au début de son premier mandat, Emmanuel Macron décide de supprimer l’ISF et d’instaurer une flat tax sur les revenus du capital au lieu d’augmenter le budget de l’hôpital public — choix qui s’est révélé plus que coûteux par la suite lors du confinement de 2020— il fait un choix politique.
Lorsqu’il décide de transformer le CICE en réduction pérenne de cotisations patronales (plus de 20 milliards par an)[1] au lieu de s’atteler à partager le temps de travail ou à généraliser l’expérimentation « Territoires zéro chômeurs » en créant 1 million d’emplois[2], il fait un choix politique.
Lorsqu’à la sortie du confinement, il décide de baisser les impôts de production au lieu de voter des mesures d’urgence sociale comme l’extension du RSA pour les jeunes ou une allocation d’autonomie pour les étudiants, il fait un choix politique.
Lorsqu’il décide d’augmenter la prime d’activité, aumône lâchée aux travailleurs pauvres, au lieu d’augmenter le SMIC, il fait un choix politique.
Lorsqu’il décide de baisser les APL au lieu de mettre fin au sans abrisme et de financer la construction de centaines de milliers de logements sociaux, il fait un choix politique.
Lorsqu’il décide de flexibiliser le marché du travail, de réformer l’assurance chômage et de vanter le modèle de l’uberisation au lieu de renforcer les droits des salariés et des micro-entrepreneurs, il fait un choix politique.
Lorsqu’il décide de changer le statut de la SNCF et de mettre fin au service public ferroviaire au lieu d’investir dans les petites lignes et dans la réouverture de gares dans les zones rurales et périphériques, il fait un choix politique.
Lorsqu’il décide de subventionner les concurrents d’EDF au lieu de sortir du marché européen des prix de l’énergie — ce qu’il a fait mais tardivement — il fait un choix politique. Lorsqu’il décide de revenir à la règle des 3 % de déficit budgétaire au lieu de mettre en œuvre par des investissements publics massifs la planification écologique et la réindustrialisation qu’il avait promises durant sa campagne, il fait un choix politique.
Lorsqu’il décide de distribuer des aides non pérennes : chèque énergie, chèque alimentaire, prime Macron, prime exceptionnelle... au lieu d’indexer les salaires sur l’inflation ou de bloquer les prix de l’alimentation et de l’énergie, il fait encore un choix politique.
Emmanuel Macron n’obéit pas à une quelconque rationalité ou encore moins à des vérités économiques qui n’existent pas et n’ont jamais existé, n’en déplaise à ses fans, puisque l’économie n’est pas une science exacte. Il a uniquement fait des choix politiques en toute conscience. En fait, Macron continue la politique de l’offre inefficace, initiée par ses prédécesseurs, consistant à baisser la fiscalité sur le patrimoine, à réduire les impôts et les cotisations sociales des entreprises, à rendre plus flexible le marché du travail, à favoriser les actionnaires au détriment des salariés, à œuvrer pour une concurrence libre et non faussée, à tenter de compresser les dépenses publiques, à distribuer des aides exceptionnelles et non pérennes. Cette politique de l’offre, loin d’avoir les effets escomptés, c’est à dire un développement de l’investissement et la création d’emplois, augmente la pauvreté, accroît les inégalités économiques et sociales, achève les services publics, favorise les oligopoles plutôt que les TPE-PME. Et surtout elle ne permet pas d’amorcer la transition écologique pourtant nécessaire si on ne veut pas entrer dans un monde hostile. A contrario, aux États-Unis, le président Joe Biden, bien que son plan ait été moins ambitieux que l’initiative originale — bloquée au passage par le Congrès et le Sénat — a renié la théorie du ruissellement et a mis en œuvre une politique de la demande composée d’investissements publics massifs, d’aides aux ménages et d’augmentations d’impôts pour les ménages les plus aisés[3].
Emmanuel Macron est en réalité le pur produit de l’idéologie néolibérale qui obéit aux institutions européennes dont les traités nous obligent à mettre en œuvre ce type de politiques et sert les intérêts de ceux qui l’ont porté au pouvoir, c’est à dire les marchés financiers et leur armada de bullshit jobs[4] à leur service.
Nicolas Maxime
[1] Article L. 241‑2‑1 du code de la sécurité sociale (entrée en vigueur au 1ᵉʳ janvier 2019) prévoyant une réduction forfaitaire de cotisations sociales patronales de 6 points pour les rémunérations inférieures à 2,5 SMIC, coûtée environ 21,5 milliards d’euros par an selon l’étude d’impact de la commission des finances de l’Assemblée nationale.
[2] Le projet TZCLD a été créé en 2016 par la loi du 29 février 2016 pour expérimenter une approche locale visant à offrir un emploi durable à toutes les personnes privées durablement d’emploi, notamment via des entreprises à but d’emploi dans plus de territoires en France.
[3] Inflation Reduction Act of 2022, loi fédérale américaine promulguée le 16 août 2022, visant à réduire le déficit, à investir dans l’énergie propre et à engager des réformes fiscales, incluant des hausses d’impôts ciblées pour certaines grandes entreprises et des mesures pour financer des dépenses publiques.
[4] Le bullshit job est une expression anglaise qui se traduit généralement par « travail inutile » ou « emploi à la con ». Il se caractérise par un emploi qui ne sert à rien, où la personne qui l’exerce peut ressentir de la frustration ou une forme d’aliénation. En d’autres termes, le salarié n’aurait pas l’impression de contribuer activement à la société, car son travail et ses tâches quotidiennes en entreprise sont vides de sens. David Graeber, Bullshit Jobs, Les liens qui libèrent, 2018.