Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...
Et voilà ! Les Verts ont gagné les élections dans la plupart des grandes villes que nous assistons déjà au sempiternel débat entre ceux qui prônent la croissance à outrance et les autres qui pensent nécessaire de passer à la décroissance pour la survie de l’espèce humaine.
Les premiers pensent qu’il est nécessaire de créer les richesses afin d’élever le niveau de vie, d’assurer le confort matériel et de nourrir le maximum de personnes sur la planète. Les seconds voient les choses différemment car ils veulent repartir ces richesses crées et décroître en assurant une sorte de sobriété heureuse pour tous.
Les deux raisonnements ont leurs logiques mais les partisans d’une théorie comme de l’autre occultent l’outil principal, c’est à dire la monnaie. Quand Roger crée sa pizzeria, il a besoin de fonds et va demander à la banque un crédit. Ces liquidités nouvelles vont permettre à cet entrepreneur d’investir donc de consommer des biens et des services d’autres entreprises qui vont permettre à ces entreprises d’investir chez d’autres fournisseurs. Même le pseudo créateur de McDonald a demandé un crédit à sa banque et est ainsi devenu milliardaire. En réalité, l'essentiel de la création monétaire s'effectue au travers des crédits accordés par les banques.
Selon l'adage « les crédits font les dépôts », tout crédit accordé par une banque augmente la masse monétaire en créant un dépôt bancaire (monnaie scripturale) de montant équivalent. Lorsqu'un prêt est accordé, de la monnaie nouvelle est ainsi créditée sur le compte de l'emprunteur ; elle apparaît au passif du bilan de la banque, la créance correspondante figurant à l'actif de son bilan. Le processus de création monétaire est identique lorsque la banque acquiert un actif réel ou financier, également porté l'actif de son bilan en contrepartie du crédit inscrit sur le compte du vendeur. On le comprend aisément, l’économie monétaire repose entièrement sur le crédit. L’injection de cette monnaie va stimuler l’économie et ainsi créer de la croissance.
Les écologistes en se focalisant uniquement sur la décroissance des biens et des services oublient ce fameux adage « des crédits font les dépôts ». car la transition écologique ne pourra se réaliser sans supplément de monnaie. En réalité, c’est surtout la nature de cette croissance qu’il faut remettre en question, si cette dernière est basée sur des externalités négatives et extractive, alors il vaut mieux la décroissance. Cependant, si la décroissance rime avec récession et chômage de masse, il vaut mieux obtenir une croissance dont les externalités seraient positives.
On en arrive à la conclusion que le mot croissance ne signifie rien tout comme la décroissance et qu’on doit raisonner en masse monétaire et en valeur de la monnaie. On peut considérer que l’a-croissance, c’est à dire l’abandon de la notion désuète de PIB, va structurer la société à venir. Lorsque la croissance devient un but en soi, cela amène à détruire l’environnement et à des inégalités énormes. Mais si la décroissance devient également un but en soi, on peut arriver à des dérives liberticides ou à des désordres sociaux importants. Il serait surtout important de réformer l’appareil monétaire puisque le seul but des banques centrales est actuellement de tendre vers le crédit illimité à taux zéro voire négatifs donc de renflouer les banques commerciales.
Au lieu de cela, les banques centrales pourraient alimenter directement en monnaie fiat[1] les États afin qu’ils financent les investissements nécessaires à la transition écologique ou au bon fonctionnement de nos services publics.
Nicolas Maxime
[1] Monnaie fiduciaire (fiat money) : monnaie dont la valeur repose sur la confiance et la garantie de l’État, sans convertibilité en un actif réel comme l’or.