Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...
2018. À une aide-soignante qui alertait sur la dégradation de l’hôpital public, Emmanuel Macron répondait qu’il n’y avait pas « d’argent magique ». Dans le même temps, nombre d’éditorialistes — Christophe Barbier, Agnès Verdier-Molinié et d’autres — martelaient la nécessité de réduire les dépenses publiques, au nom du sérieux budgétaire. Les services publics, et en premier lieu l’hôpital déjà fragilisé, devaient se serrer la ceinture.
2020. En quelques semaines, ce discours s’effondre. Face à la pandémie, les États suspendent les règles qu’ils présentaient hier comme indépassables. La France mobilise des dizaines de milliards d’euros pour soutenir l’économie et garantit des centaines de milliards de prêts. À l’échelle européenne, la Banque centrale intervient massivement, annonce un programme de 750 milliards d’euros[1], créant de la monnaie pour stabiliser le système et permettre aux États de s’endetter à des conditions exceptionnellement favorables. La théorie monétaire moderne apparaît ainsi appliquée de manière indirecte[2].
Ce moment est un révélateur. Ce qui était prétendument impossible devient soudain non seulement possible, mais nécessaire. Les contraintes budgétaires, brandies pendant des années pour justifier l’austérité, apparaissent pour ce qu’elles sont en grande partie : des choix politiques.
Car enfin, si l’on peut débloquer des centaines de milliards pour éviter l’effondrement économique, pourquoi était-il impossible de financer correctement l’hôpital public ? Pourquoi fallait-il fermer des lits, rationner les moyens, épuiser les soignants ?
La réalité, c’est que la question n’a jamais été strictement financière. Elle a toujours été politique. Ce que cette crise sanitaire démontre, c’est que les États disposent de marges de manœuvre bien plus importantes que ce qui était affirmé. La création monétaire, l’endettement public soutenu par les banques centrales, la suspension des règles budgétaires : autant d’outils mobilisés dès lors que les priorités changent.
Faut-il en conclure que « l’argent magique » existe ? Non, si l’on entend par là une richesse créée sans limite ni conséquence. Mais oui, si l’on parle de la capacité des institutions monétaires et politiques à financer massivement ce qu’elles jugent prioritaire.
Dès lors, une question s’impose : pourquoi certaines dépenses — sauver le système économique — sont-elles considérées comme vitales, quand d’autres — soigner, éduquer, protéger — sont traitées comme des coûts à réduire ?
La crise n’a pas seulement été sanitaire. Elle a été idéologique. Elle a mis à nu une hiérarchie des priorités et révélé l’écart entre les discours et les actes. Elle a montré que ce que l’on présentait comme une fatalité économique relevait en réalité de choix politiques.
Et ces choix peuvent être remis en cause.
Nicolas Maxime
[1] Banque centrale européenne (BCE), Pandemic Emergency Purchase Programme (PEPP), communiqué de presse du 18 mars 2020, 750 milliards d’euros annoncés.
[2] La théorie monétaire moderne (TMM) désigne un courant économique selon lequel un État disposant de sa propre monnaie peut financer ses dépenses via la création monétaire, notamment par l’intermédiaire de sa banque centrale, sans contrainte budgétaire immédiate comparable à celle d’un ménage ou d’une entreprise.