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Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...

Les changements de cap politiques : entre discours et réalités

Le changement de cap annoncé par le Président de la République concernant la politique économique et sociale : relocalisation des moyens de production, plus de moyens pour les services publics, augmentation de la rémunération des soignants, plus de solidarité en France ou en Europe... pose question de manière légitime. Emmanuel Macron a été élu en 2017 avec une promesse de transformation néolibérale de l’État Providence. Les ordonnances Travail, la réforme de l’assurance chômage, la fiscalité sur le capital allaient dans ce sens.

Il est possible que ces belles paroles ne soient pas suivies et dans ce cas, ce serait le plus grand fake de l'histoire. Cependant, dans l'histoire, ces cinquante dernières années, on a vu des présidents de la République opérer des changements de cap économique et social à l'opposé de leurs soi-disant opinions politiques. Ainsi, en 1969, à la suite des accords de Grenelle, le président Pompidou, ex-banquier chez Rotschild, mettra en place avec son premier ministre Jacques Chaban-Delmas, la Nouvelle Société, politique la plus gauche depuis le Front Populaire en 1936. En 1972, Chaban-Delmas est congédié et Pompidou le remplacera par Mesmer avec une politique plus libérale, proche d'avant 1968. En 1983, après deux années de politique à gauche toute, François Mitterrand prend un virage à 180 degrés avec une politique néolibérale digne de Margaret Thatcher alors qu'il a été élu avec le programme de Mélenchon. En 2012 encore, Hollande qui voulait taxer les revenus des riches à 75 %[1], finira son mandat avec la politique la plus libérale et la plus sécuritaire depuis Adolphe Thiers. Le spécialiste du changement d'orientation politique, au gré des circonstances, est bien entendu Jacques Chirac, celui-ci étant passé du travaillisme à la française en 1975 au thatchérisme le plus libéral en 1986 pour revenir à la fracture sociale en 1995 pour assainir les finances publiques en 1996 puis enfin faire une campagne du tout sécuritaire en 2002 afin de ne rien faire pendant cinq années.

Ce cours résumé de la vie politique de ces cinquante dernières années nous apprend que « les promesses n'engagent que ceux qui les tiennent », les hommes politiques changeant d'orientations politiques comme de chemises ou de chaussettes au gré des circonstances, adaptant ainsi leurs discours. Il est donc tout à fait possible qu'Emmanuel Macron finisse par changer de cap, non pas parce qu'il serait devenu un homme de gauche convaincu par la nécessité d'un changement de vision de société, mais pour passer pour le sauveur des français, et ainsi maximiser ses chances d'être réélu.

 

Nicolas Maxime


[1] François Hollande avait proposé pendant la campagne présidentielle de 2012 l’instauration d’une taxe de 75 % sur la part des revenus individuels supérieurs à 1 million d’euros par an ; cette mesure visait les très hauts revenus et devait être temporaire et exceptionnelle. Elle a ensuite été fortement modifiée lors de sa mise en œuvre, transformée en contribution exceptionnelle acquittée par les entreprises concernées, puis finalement censurée par le Conseil constitutionnel dans sa version initiale (décision n°2012-662 DC du 29 décembre 2012), au motif d’une rupture d’égalité devant l’impôt.

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