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Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...

Gilets jaunes : la révolte d’un peuple face au mépris et à l’injustice

Emmanuel Macron, aura réussi en un an et demi, à faire pire que n’importe lequel de ses prédécesseurs, en mêlant mépris social et injustice fiscale. Ce dernier a allumé le feu au cours de ces deux années : « Les illettrées » en parlant des ouvrières de GAD, « Pour se payer un costard, faut travailler » en s’adressant à un syndicaliste, « Un emploi, je vous en trouve, faut juste traverser la rue » en répondant à un chômeur, sans oublier « les Gaulois réfractaires au changement », « les fainéants » ou encore le « pognon de dingue » des aides sociales.

Il a également cherché à soumettre les corps intermédiaires — syndicats, associations ou partis politiques — pour que son pouvoir ne souffre d’aucune contestation ni même de discussion possible. Cet individu n'est pas digne d'exercer la fonction présidentielle, où l’on se doit de respecter chaque citoyen, peu importe sa situation, sa profession ou sa classe sociale. Macron, c’est le loup de Wall Street[1] devenu président qui est plus proche des milliardaires et des milieux financiers que du quotidien des citoyens.​​

Cela est représenté à merveille par sa politique : il supprime la part financière de l’ISF et met en place une flat tax de 30 % sur les dividendes, au nom de quoi ses amis investiraient par magie en France. C’est la théorie du ruissellement appliquée aux États-Unis par Ronald Reagan et au Royaume-Uni par Margaret Thatcher, entraînant une financiarisation de l’économie et une paupérisation de la classe moyenne[2]. Dans le même temps, il augmente la CSG et les taxes sur le carburant, opérant ainsi un transfert des 10 % les plus favorisés vers les 10 % les plus défavorisés[3].

Le pire étant l’utilisation de la taxe carbone au nom de l’écologie alors qu’il ne présente aucune proposition véritable sur ce plan. Ne parlons même pas de la ridicule prime à la conversion pour acheter des véhicules électriques avec des batteries au lithium. Dans ce cas, on peut parler de manipulation, ou de la manière de diviser les foules.

S’il voulait réellement une transition écologique, alors pourquoi avoir baissé son froc devant la Commission européenne et Jean-Claude Juncker lorsqu’il avait la possibilité d’interdire le glyphosate ? Parce que ces humanistes de Monsanto ou de Bayer étaient chagrinés ? Pourquoi avoir raboté la taxe sur les transactions financières alors qu’on pouvait récolter 30 milliards d’euros par an afin de financer cette fameuse transition[4] ? Parce que nos honnêtes banquiers d’affaires de Goldman Sachs, JP Morgan ou HSBC lui ont soufflé à l’oreille qu’ils n’étaient pas d’accord ?

Dans la même veine, a-t-il eu le courage de s’attaquer aux géants du numérique — Google, Amazon, Facebook, Apple — pour récupérer les milliards qui échappent à l’optimisation fiscale, sachant que ces sociétés revendent nos données personnelles ? Pire, il leur a même déroulé le tapis rouge avec le même prétexte : qu’ils investissent afin de créer de l’emploi.

Il n’y a pas de véritable démocratie lorsque les lobbys des multinationales imposent leur loi en sacrifiant l’école, les hôpitaux et notre bien commun le plus essentiel : notre planète, au nom d’intérêts privés. Et c’est sûrement contre cela que se sont unis les gilets jaunes. Si le mouvement en était resté à la hausse des taxes sur le carburant, nous ne parlerions plus des gilets jaunes. Or, les gilets jaunes parlent de bien plus que cela : ceux que l’on appelait les classes laborieuses, juste destinées à s’abstenir, se sont réveillés, et ce sans le soutien des syndicats ou des partis politiques.

Bien évidemment, certaines actions menées par certains gilets jaunes, visant à bloquer des commerces ou à discriminer des homosexuels ou des minorités ethniques, sont inadmissibles. Certes, le mouvement est hétéroclite et il y a probablement des personnes de sensibilité proche de l’extrême droite. Mais c’est le peuple méprisé, oublié, fragilisé, sous-qualifié qui s’est réveillé. Il a, au contraire, soif de justice fiscale et de démocratie directe.

Les gilets jaunes parlent de lutter contre l’optimisation fiscale des grands groupes et de mettre en place le référendum d’initiative citoyenne afin de renouveler le pacte républicain. Ils ne font plus confiance à nos élites ; ils se sont révoltés contre elles, eux que l’on disait endormis, fainéants, assistés ou absents du débat démocratique. Et cela s’est cristallisé sur Macron, symbole de l’aristocratie financière et de la démocratie des experts qui ont confisqué le pouvoir au peuple depuis des décennies, et cela à travers toute l’Europe.

En 2005, les Français votent non à la Constitution européenne. Les experts estiment que le peuple a eu tort, et l’on ratifie le Traité de Lisbonne en 2007, avec sa règle des 3 % et sa doctrine ordo-libérale d’austérité. En 2015, les Grecs rejettent le plan de sauvetage proposé par la Commission européenne et la BCE. Les experts estiment que le peuple a eu tort et, avec la complicité de Alexis Tsipras, le plan est finalement adopté. En 2018, le gouvernement italien choisit de mettre en place un revenu de citoyenneté de 780 euros et d’avancer l’âge de la retraite tout en respectant les règles de déficit public. Que font nos experts ? Ils refusent de valider ce budget. Pire, un commissaire européen a déclaré : « les marchés vont apprendre aux Italiens à voter »[5].

La démocratie n’est pas à vendre et elle ne doit plus appartenir aux experts et aux lobbyistes de tout genre, qui se battent davantage pour satisfaire les grandes fortunes et les multinationales. La démocratie appartient au peuple, et seulement au peuple. Et lorsque celui-ci ne se sent plus représenté de manière légitime, alors il descend dans la rue pour s’exprimer.

Nous avons besoin de renouer avec la démocratie : une démocratie partagée avec les citoyens, que ce soit par le tirage au sort ou le référendum d’initiative citoyenne ; une démocratie où le consentement à l’impôt concerne tous, où multinationales et milliardaires donnent l’exemple ; une démocratie sociale capable de redonner espoir au citoyen et foi en la cité ; et enfin une démocratie où la priorité sera donnée à la transition écologique. Car sans notre planète et la biodiversité qui la compose, nous ne sommes rien et nous ne serons rien.

 

Nicolas Maxime


[1] Le Loup de Wall Street (The Wolf of Wall Street), réalisé par Martin Scorsese, 2013 : film inspiré de l’autobiographie de Jordan Belfort, retraçant l’ascension et les excès d’un courtier de Wall Street dans les années 1990.

[2] Théorie du ruissellement (trickle-down economics) : doctrine économique associée aux politiques menées par Ronald Reagan dans les années 1980 (« Reaganomics ») et Margaret Thatcher au Royaume-Uni, reposant sur l’idée que les allègements fiscaux en faveur des plus aisés stimulent l’investissement et bénéficient indirectement à l’ensemble de l’économie.

[3] Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), Budget 2018 : pas d’austérité mais des inégalités, Working Paper n°01, 2018.

[4] Selon plusieurs estimations issues d’ATTAC, une taxe sur les transactions financières élargie pourrait rapporter plusieurs dizaines de milliards d’euros par an (jusqu’à environ 30 milliards en Europe), mais son périmètre a été réduit et sa mise en œuvre limitée, notamment en France.

[5] Günther Oettinger, entretien Deutsche Welle, mai 2018.

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