Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...

La lepénisation du bloc central face à la normalisation du Rassemblement National

Du moment où Nicolas Sarkozy, devenu ministre de l’Intérieur en 2002 sous Jacques Chirac, avait choisi de reprendre la stratégie lepéniste en employant des mots comme « racaille » ou « Kärcher », le bloc central a amorcé sa lepénisation. En reprenant les mêmes éléments de langage et les mêmes propositions sur l’insécurité, l’immigration et l’islam, ces thématiques sont devenues centrales dans les campagnes présidentielles à venir. Puis la dynamique s’est prolongée avec Manuel Valls, Emmanuel Macron, Christophe Castaner, Gabriel Attal et consorts, devenant tous, à leur manière, des héritiers de cette ligne sarkozyste.

De son côté, le Rassemblement national a amorcé sa normalisation en abandonnant progressivement ses thématiques ouvertement xénophobes, antisémites et antidémocratiques. Plus surprenant encore, le parti est même devenu, au fil des années, une sorte d’héritier de Mai 68, ce qui explique aujourd’hui certaines évolutions : le libéralisme culturel s’est partiellement imposé, l’abolition de l’avortement et le retour de la peine de mort ne sont plus à l’ordre du jour, tandis qu’une minorité de députés a même voté en faveur de l’aide active à mourir.

Après le départ de Florian Philippot, le RN s’est définitivement normalisé sur le plan économique, devenant désormais pro-Union européenne et acceptant les règles budgétaires européennes. Les promesses sociales ont été abandonnées pour se conformer à la doxa néolibérale et à un certain conservatisme fiscal. De plus, le RN est également devenu néoconservateur, embrassant des positions pro-israéliennes, voire atlantistes.

Du coup, en étant passé de Jacques Chirac à un Gabriel Attal lepénisé et de Jean-Marie Le Pen à un Jordan Bardella macronisé, l’écart idéologique semble aujourd’hui ne pas dépasser l’épaisseur d’une feuille de papier à cigarette. Bien entendu, le RN reste une version plus autoritaire et plus réactionnaire que ce bloc central, mais il s’agit davantage d’une différence de degré que de nature.

D’où la problématique du barrage antifasciste et antiraciste porté par une partie de la gauche, qui pense qu’en faisant les « castors »[1], elle pourra bloquer le RN. Or, plus le RN est diabolisé, plus ses électeurs sont confortés dans leur choix. D’ailleurs, ce barrage s’est désormais retourné contre La France insoumise, désormais perçue par certains comme plus dangereuse que le RN, y compris parmi des électeurs se revendiquant de gauche.

Les médias et le patronat l’ont bien compris, puisqu’ils semblent progressivement adouber le Rassemblement national et faire de Jordan Bardella un potentiel successeur d'Emmanuel Macron. Car, en réalité, le Rassemblement national apparaît comme une roue de secours du capitalisme, mobilisée comme joker lorsque le bloc central s’essouffle, prête à prendre le relais pour en préserver le système politique et économique et mettre en œuvre les réformes nécessaires demandées par les véritables donneurs d'ordre que sont l'Union européenne, les marchés financiers et les multinationales.

 

Nicolas Maxime


[1] Expression employée dans le discours politique français pour désigner des électrices et électeurs qui votent au second tour afin de faire barrage au RN ou à LFI, souvent en fonction des alliances locales et sans référence à une ligne politique cohérente.

 

Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article