Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...
Il faut parfois écouter les prophètes de malheur comme Laurent Alexandre, qui promettent la fin du travail et la mise en œuvre d’un revenu universel de 15 000 euros par mois. Son argumentaire est le suivant : une « super-intelligence » et des robots humanoïdes créeraient une valeur telle que la croissance exploserait, permettant de distribuer gracieusement les fruits d’une productivité sans limite. Selon cette vision, nous passerions d'un revenu de subsistance à un « super revenu universel » financé par le travail des machines. Ce serait un monde merveilleux d'abondance où chacun vivrait heureux sans travailler.
Seulement, ce que M. Alexandre oublie — ou feint d’ignorer — c’est que la croissance n’est pas une abstraction car elle dépend de flux physiques liés à l’énergie. Comme l’a brillamment démontré Jean-Marc Jancovici, nous vivons avec des ressources limitées dans un monde fini[1].Dans ce contexte, la promesse d'un revenu abondant s'effondre. Le revenu de base accordé si « gracieusement » par la Silicon Valley ne pourra être que low cost. Il ne permettra qu’à peine de survivre, car il n’y aura tout simplement pas assez de gains de croissance pour soutenir un tel train de vie. Nous nous dirigeons vers une stagnation, voire une récession de notre niveau de vie, bien loin du paradis robotisé annoncé et de la promesse d'abondance sans limite.
C’est là que le capitalisme entre en contradiction totale avec lui-même. Si l'on suit l'analyse de Karl Marx, le système repose sur l'extorsion de la plus-value issue du travail humain[2]. En remplaçant massivement l'homme par la machine, le capitalisme détruit la source même de sa valeur. Si les machines produisent tout mais que les humains n'ont plus de salaire (ou un revenu de survie low cost), qui achètera la production ? Le système sature et s'asphyxie de lui-même.
Un seul point positif émerge : la disparition des bullshit jobs[3]. Ces emplois de bureau vides de sens, souvent occupés par les classes moyennes supérieures, sont les premiers menacés par l'IA générale. Cette fois, ce ne sont plus les ouvriers qui sont remplacés, mais les cadres et les experts.
De plus, il y a une ironie assez brutale à voir les néolibéraux et autres libertariens soi-disant défenseurs de la « valeur travail » promouvoir un monde où le travail disparaît au profit d’une rente technologique.
Le « super revenu universel » promis par la Silicon Valley est une projection idéologique, déconnectée des contraintes physiques et des logiques économiques fondamentales. Derrière cette promesse séduisante se cache une autre réalité : sans base matérielle solide, sans croissance réelle et sans travail humain pour structurer la distribution des revenus, ce modèle ne tient pas. En réalité, s’il devait voir le jour, ce ne serait pas un revenu d’abondance, mais un revenu universel low cost, destiné à maintenir à flot une société appauvrie — loin, très loin du paradis technologique annoncé.
Nicolas Maxime