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Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...

Le bouffon, le Roi et le spectacle

La scène politique est désormais totalement intégrée à la société du spectacle. Comme l’avait déjà démontré Guy Debord, le spectacle tend à absorber les formes traditionnelles de représentation au point de les dissoudre dans des dispositifs de visibilité permanente[1].

A l’heure des réseaux sociaux et des médias d’information en continu, il faut performer quitte à se transformer soi-même en bouffon pour attirer sans cesse l’attention. Résultant d’une inversion du rapport entre gouvernants et gouvernés : le public constitué en juge suprême via les likes, les clics, les partages, les commentaires et autres indicateurs d’engagement, tend à occuper une position souveraine, tandis que les responsables politiques se trouvent contraints d’adopter des stratégies de captation de l’attention similaires à celles des producteurs de contenus et autres influenceurs. Dans ce cadre, les clowneries de Trump et les petites phrases de Macron ne sont que des symptômes de cette reconfiguration. Les femmes et hommes politiques n’incarnent plus une fonction car ils sont devenus la fonction même du spectacle.

Tirant son nom du film Idiocracy[2], œuvre prophétique, l’idiocratisation est un processus où l’outrance, l’inculture et le narcissisme sont érigés en normes de la gouvernance des hommes et deviennent des outils d'optimisation algorithmique. Toute forme de rationalité disparaît pour faire place à la bêtise : l’idiocratisation est un sacrifice de l’intelligence sur l'autel de l'audience.

Nous ne rions plus devant le spectacle, nous rions par le spectacle, car la scène politique a achevé sa mue terminale : le spectateur est devenu le Roi, et l’homme politique son bouffon. Si nous rions de cette « monstration » du ridicule, c'est que nous percevons intuitivement la nature sacrificielle de la fonction politique. En se dépouillant de ses attributs sacrés, le politique s'offre nu à la vindicte et à l'adoration de la foule.

Alors, rire ? Oui, sans doute. Mais ce rire ne doit plus être le voile de notre impuissance ou de notre déni. Comme l’affirme très justement Benoît Girard, le politique n'étant que le résultat d'une commande sociale, il devient ce que le miroir de nos écrans exige qu'il soit[3]. Car cela implique, au contraire, une prise de conscience de notre propre responsabilité dans ce processus d'idiocratisation et nous impose de regarder au-delà de la farce médiatique pour réinvestir les fondements mêmes de notre humanité et de ses institutions, au-delà des joutes dérisoires de l'arène numérique.

Rions de ce spectacle, mais sachons que le bouffon ne meurt jamais seul : il entraîne toujours son Roi dans sa chute.

 

Nicolas Maxime


[1] Guy Debord, La société du spectacle, Éditions Buchet-Chastel, 1967.

[2] Idiocracy, film réalisé par Mike Judge, 2006, 20th Century Fox.

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