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Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...

Ce que les affaires Bagayoko et Hassan disent de la France

Cette semaine, les affaires médiatiques autour des élus LFI Bally Bagayoko et Rima Hassan ont révélé une dérive inquiétante de la violence politique. En effet, si La France Insoumise était devenue depuis longtemps le bouc-émissaire médiatique, rôle dans lequel ils étaient eux-mêmes assignés en devenant les architectes de leur propre conflictualité, le curseur a atteint aujourd'hui des limites inédites. On assiste désormais à une véritable entreprise de démolition personnelle. Entre le soupçon permanent de « l'ennemi de l'intérieur » visant le nouveau maire de Saint-Denis et la traque visant l'eurodéputée d'abord pour apologie du terrorisme puis pour détention de substances, la frontière entre le débat d'idées et le harcèlement pur et simple s'est évaporée.

Elvin Tubanza, Bally Bagayoko, image publiée le 14 mars 2026, licence Creative Commons CC0 (domaine public), via Wikimedia Commons.

Si une partie de La France Insoumise s’est engouffrée dans une rhétorique racialiste parfois clivante, le nouveau maire de Saint-Denis semble incarner une autre voie. En refusant explicitement le terme de « racisé » pour privilégier un discours social, et en choisissant de chanter La Marseillaise lors du rassemblement, Bally Bagayoko rappelle qu’il est un élu de la République avant d'être une icône identitaire. Pour autant, il subit le procès permanent du « double sens ». Quand il parle de la « Ville des Rois », certains préfèrent entendre « Ville des Noirs ». Cette obsession de l'origine, qui culmine avec les dérapages sur certains plateaux TV comme CNEWS où l'insulte raciste est parfois déguisée en « analyse comportementale », montre que pour une partie de l'opinion, un élu d’origine africaine ne peut être qu'un « narco-élu » ou un communautariste. Bagayoko, en refusant de céder à la surenchère victimaire tout en dénonçant le racisme crasse, détonne dans son propre camp. Il prouve que même celui qui rejette le lexique identitaire finit par être « racialisé » par le regard de l'autre.

Le cas de Rima Hassan procède de la même logique de harcèlement, bien que sur un autre terrain. En perquisitionnant une eurodéputée pour ses opinions politiques (« apologie du terrorisme ») pour finalement faire fuiter des informations sur une prétendue détention de drogue, on voit clairement se dessiner une instrumentalisation de la justice et des médias visant à décrédibiliser et intimider les élus. Que les substances détectées soient de la drogue de synthèse ou, comme elle l'affirme, du simple CBD légal utilisé à des fins thérapeutiques, n'est au fond qu'un détail technique. Ce qui importe, c'est ce que cela dit de la judiciarisation de notre vie politique : on ne combat plus un adversaire sur ses idées, on cherche sa « mort civile » en faisant fuiter des éléments de garde à vue pour salir sa réputation.

Ces épisodes nous démontrent la polarisation extrême où l'on ne cherche plus à débattre mais à disqualifier. L'adversaire n'est plus un opposant mais un criminel (terroriste, drogué) quand ce n'est pas un « étranger de l'intérieur », avec des plateaux de télévision devenus des tribunaux où des experts autoproclamés en TOUT et en RIEN donnent leur avis, accentuant ainsi le climat de suspicion et de violence politique.

L'ironie suprême de cette semaine restera sans doute le tweet de Bruno Gollnisch. Voir une figure historique de l'extrême droite adopter le comportement le plus conforme aux principes républicains face à une classe médiatico-politique qui, dans sa hâte de détruire LFI, en oublie les principes les plus élémentaires du droit — en rappelant le respect de la présomption d'innocence et de l'intégrité des élus face à l'acharnement — souligne l'absurdité de notre époque.

En fin de compte, que l'on apprécie ou non Bally Bagayoko ou Rima Hassan, peu importe ! Le traitement qui leur est réservé dessine une France où la règle ne s'applique plus selon la loi, mais selon le mouvement politique. Et ce que ça en dit de la France est plutôt inquiétant pour l'avenir.

 

Nicolas Maxime

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