Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...
Les Gilets jaunes ont remis sur la table les questions des bas salaires et de la répartition des revenus. La crise sanitaire nous a alertés sur la perte de souveraineté économique, la désindustrialisation et la crise de l’hôpital public.
Et qu’est-ce qui se passe depuis un an ? Tous ces sujets sont devenus, d’un seul coup, secondaires : il est désormais plus important d’évoquer la supposée dangerosité des variants du Covid et les vaccins que de parler de la grève des bas salaires. Sans compter les débats stériles sur l’identité, où l’on voit des vieillards se demander si le wokisme est une idéologie totalitaire ou si le « grand remplacement » des Blancs par les Noirs et les Arabes est en train de se réaliser.
Fini de parler des revendications de pouvoir d’achat des travailleurs pauvres, fini de parler des travailleurs indépendants ou des exploitants agricoles victimes d’une bureaucratie kafkaïenne, fini de parler des 300 sans-abri morts dans la rue en 2021[1], fini de parler des 6 millions de demandeurs d’emploi[2], fini de parler des centaines de milliers d’étudiants dépendant de l’aide alimentaire[3], fini de parler des soignants, des professeurs ou des travailleurs sociaux en situation d’épuisement professionnel, fini de parler des réformes antisociales récemment mises en œuvre, comme celle de l’assurance chômage, ou à venir, comme celles des retraites, fini de parler des fermetures d’usines, comme celles de Mahle, de Ferropem ou de la fonderie SAM, qui vont achever de faire de la France un pays dépendant des autres… Et surtout, fini de parler des ultra-riches, les fameux 1 %, cette caste aristocratique qui ne s’acquitte plus de l’impôt grâce à la bienveillance des gouvernements successifs depuis quarante ans et dont le patrimoine ne cesse de gonfler d’année en année[4].
Les médias font ainsi diversion en mettant en avant des thèmes qu’ils estiment prioritaires — politique sanitaire, identité, immigration — qui engendrent des polémiques stériles et des divisions au sein de l’électorat. C’est ce que l’on peut appeler le grand détournement. Les médias n’ont pas choisi par hasard de raconter une autre histoire et d’éluder les préoccupations des Français. Il s’agit de répondre aux exigences de leurs propriétaires milliardaires, les fameux 1 %, qui ont tout intérêt à ce que l’on se batte comme des chiffonniers plutôt que de se rassembler, nous les 99 %, pour proposer un véritable projet politique susceptible de répondre aux revendications populaires.
Les Zemmour, Le Pen, Mélenchon et même Jadot ne sont que des faire-valoir médiatiques qui répondent à la division par la division afin de permettre la pérennité du modèle néolibéral par la réélection de Macron ou la victoire de Pécresse aux élections présidentielles.
Nicolas Maxime
[1] Collectif Les Morts de la Rue, Dénombrement des décès de personnes sans domicile – année 2021, environ 313 personnes sans abri décédées en France, chiffre minimal fondé sur les signalements associatifs.
[2] Pôle emploi, Statistiques trimestrielles des demandeurs d’emploi – 4ᵉ trimestre 2021, France hors Mayotte : environ 5,7 à 6 millions de demandeurs d’emploi en catégories A, B et C, dont 3,3 millions sans aucune activité (catégorie A).
[3] FAGE, Enquêtes sur la précarité étudiante 2021, indiquant une forte hausse du recours à l’aide alimentaire et une précarisation massive des étudiants depuis la crise sanitaire.
[4] Thomas Piketty, Le Capital au XXIe siècle, Seuil, 2013.