Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...

Le Salvador de Nayib Bukele : entre start up nation et « fascisme cool »

Celui qui s'est surnommé le « dictateur le plus cool du monde », le président du Salvador, Nayib Bukele, annonce une loi prenant effet dès le 26 avril : les enfants à partir de 12 ans pourront être condamnés à la perpétuité.

Sa politique sécuritaire, notamment dans la lutte contre les gangs, se traduit concrètement par un état d’exception prolongé, des arrestations massives souvent sans garanties judiciaires, ainsi que par la construction de méga-prisons destinées à incarcérer des dizaines de milliers de détenus.

Le revers de la médaille est le suivant : avec environ 108 000 personnes actuellement incarcérées, soit près de 1,7 % de la population, le Salvador affiche le taux d’incarcération le plus élevé au monde[1]. Pour s'imaginer cet ordre de grandeur, c'est comme si en France un million de personnes seraient actuellement détenus contre 70 000 actuellement[2]. De plus, sous ce régime d'exception, de nombreuses personnes innocentes croupissent derrière les barreaux, privées de tout recours légal.

Pour consolider son pouvoir, Bukele a mis en œuvre un changement constitutionnel controversé permettant la réélection du président, verrouillant ainsi les institutions. Cette dérive autoritaire s'étend à la répression des opposants politiques et des journalistes, souvent victimes de pression et de harcèlement de la part du régime.

Sur le plan économique, Bukele mène une politique ultra-libérale : forte réduction des dépenses publiques, suppression de postes dans la fonction publique et objectif de zéro dette. Dans cette stratégie, le Bitcoin occupe une place centrale : Bukele en a fait la monnaie légale, dans l’espoir d’attirer des capitaux et de contourner les circuits financiers.

Sa politique est loin d’être un succès : le taux de pauvreté a atteint 30,3 % en 2023, tandis que la pauvreté absolue a presque doublé[3]. À cela s’ajoutent une opacité des comptes publics, une dépendance liée à la volatilité du Bitcoin, ainsi qu’un coût social élevé dû aux coupes budgétaires massives dans la santé et l’éducation. Si certains mettent en avant les résultats de sa politique sécuritaire, notamment la baisse de la criminalité, son bilan global demeure largement négatif. Malgré cela, Bukele bénéficie d'un taux de popularité record, car une grande partie des citoyens semble prête à sacrifier ses libertés civiles pour mettre fin à la terreur des maras.

Récemment, il a interdit l'Edgar Cut dans les écoles publiques allant même jusqu'à s'immiscer dans les codes culturels de la jeunesse. Dans ce cadre, la condamnation à vie de mineurs dès 12 ans n'est que la continuité de cette dérive liberticide et sécuritaire visant à l’élimination sociale des individus considérés comme déviants ou irrécupérables, au détriment de toute forme d'éducation ou de réinsertion.

C’est ce qu’on pourrait appeler le « fascisme cool » : une politique très répressive, dissimulée derrière une communication ultra-moderne — tweets, réseaux sociaux, vidéos — et empruntant les codes de la start-up nation. Nayib Bukele incarne ce nouveau visage du libertarianisme autoritaire, mêlant une orientation économique ultralibérale avec une politique d’incarcération de masse.

 

Nicolas Maxime


[1] Données issues de Human Rights Watch, World Report 2025 : la population carcérale du Salvador est estimée à environ 108 000 détenus, soit environ 1,7 % de la population nationale.

[2] Europe 1, Prisons : le nombre de détenus en France frôle la barre des 70 000, 2 décembre 2021 : reprenant les données du ministère de la Justice indiquant 69 992 personnes incarcérées au 1er décembre 2021.

[3] Selon la Banque mondiale, le taux de pauvreté au Salvador atteint 30.3 % de la population en 2023, en hausse par rapport à 2019.

Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article