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Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...

Les soutiens « laïcs » d’Emmanuel Macron

Il ne faut pas s’étonner du soutien de Zineb El Rhazoui et du Printemps républicain à Emmanuel Macron. Ce rapprochement n’a rien d’une rupture inattendue mais s’inscrit au contraire dans une certaine continuité idéologique.

Ces défenseurs autoproclamés de la laïcité ont souvent abordé cette question sous l’angle religieux ou identitaire, en laissant largement de côté sa dimension sociale et celle de la souveraineté populaire, pourtant profondément liées à l’histoire républicaine française. La laïcité ne se résume pas à la neutralité de l’État face aux religions mais s’inscrit aussi dans un projet d’émancipation des citoyens, fondé sur l’égalité, l’accès aux droits et la justice sociale.

Les questions sociales — inégalités économiques, conditions matérielles d’existence, affaiblissement des protections collectives — ont ainsi été largement absentes de cette conception de la République. Pourtant, une tradition républicaine sociale rappelle que la liberté de conscience ne peut être pleinement garantie sans une réelle autonomie des citoyens.

L’épisode des Gilets jaunes l'a démontré. Alors qu’une partie importante du mouvement exprimait une colère liée au pouvoir d’achat, au recul des services publics et au sentiment d’abandon de certains territoires, plusieurs responsables du Printemps républicain se sont montrés hostiles à cette mobilisation, en privilégiant une lecture centrée sur les tensions identitaires, les risques de désordre ou la défense de l’ordre républicain, au détriment de ses causes sociales.

L’évolution du discours d’Emmanuel Macron permet également de comprendre ces rapprochements. Passant d’un libéralisme multiculturel d’inspiration anglo-saxonne à une conception davantage centrée sur l’identité nationale, l’autorité et la lutte contre les séparatismes, notamment avec la loi de 2021 dite « séparatisme », le chef de l’État a progressivement adopté un registre politique plus proche de ces sensibilités. Cette évolution ne constitue toutefois pas une rupture avec le cadre économique néolibéral, mais plutôt une adaptation du discours républicain aux enjeux de sécurité, d’identité et de contrôle social.

Ainsi, ces convergences ne relèvent pas d’un véritable revirement, mais plutôt d’une cohérence autour d’une conception de la République qui dissocie la laïcité des enjeux sociaux. Cette vision s’inscrit à rebours de la tradition républicaine sociale incarnée par Jean Jaurès, pour qui la laïcité ne pouvait être durable qu’à la condition d’être indissociablement liée à la justice sociale :

« La République doit être laïque et sociale, et elle restera laïque parce qu’elle aura su être sociale. »[1].

 

Nicolas Maxime


[1] Jean Jaurès, discours sur la démocratie et la laïcité, Discours de Castres (30 juillet 1904), disponible dans les Œuvres (réimprimé dans L’Humanité, 2 août 1904).

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