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Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...

Scolies sur l’identité, le droit et le libéralisme

  1. Comme l'a démontré Michéa, le libéralisme économique et le libéralisme culturel s'entremêlent, le marché et le droit sont les deux rouages du même mécanisme[1]. La gauche, depuis mai 68, a glissé de la question sociale à la revendication des droits de l'individu. En abandonnant toute perspective de transformation sociale, les sociaux-démocrates et les écologistes ont rompu leurs attaches avec la classe ouvrière pour séduire une petite bourgeoisie métropolitaine, libérale autant sur le plan économique que culturelle, acquise au partage des richesses et aux droits des individus. 
  2. Il serait toutefois simpliste d'affirmer que l'électorat de la gauche est bourgeois. En effet, ce ne sont pas simplement les classes populaires de la France périphérique vs la bourgeoisie des métropoles comme l'affirme Christophe Guilluy[2]. Parmi l'électorat de LFI et du PCF, il y a encore des ouvriers et des employés issus majoritairement des banlieues mais il y a également toute une classe socio-professionnelle qui vote à gauche, ce que David Goodhart appelle les métiers du Cœur[3]. Ceux qui travaillent dans l'enseignement, le médical, le social, la justice, la culture… et qui semblent avoir des prédispositions à l'empathie et à la bienveillance, sont au cœur des dispositifs des services publics et des associations en contact avec les populations les plus précaires et fragilisées. Parmi eux, il y a des cadres mais aussi de nombreux travailleurs précaires. 
  3. Il y a encore des inégalités salariales entre hommes et femmes et de la violence au sein des couples de la part d'hommes qui ont été castrés par des mères toutes puissantes et/ou surprotectrices mais jamais au cours de l'histoire, il n'y a eu autant d'égalité entre hommes et femmes au sein des pays industrialisés. A un moment, il faut admettre comme le dit Emmanuel Todd que le néo-féminisme est petit bourgeois[4]. On le voit notamment à travers certaines revendications comme l'écriture inclusive, la déconstruction ou « la liberté de disposer de son corps » typiquement libertarienne qui emmène à la marchandisation des corps comme la GPA.
  4. Si les traders, les actionnaires et les PDG sont les représentants du néolibéralisme économique, les influenceurs sont, quant à eux, les porte-paroles du néolibéralisme culturel. Les influenceurs de Dubaï ne produisent strictement rien, ils vendent uniquement de l'image et vont jusqu'à arnaquer leurs abonnés avec des produits de placement. Le problème étant qu'ils abrutissent une partie de la jeunesse, notamment des classes populaires, en leur vantant — et vendant — un mode de vie où l'on pourrait gagner facilement de l'argent sans rien faire. Dans ce cas, il n'y a rien d'étonnant à ce que certains jeunes n'aient plus envie de s'engager dans la vie active ou soient dans une perte de repères identitaires. 
  5. La droite et l'extrême droite répètent en boucle ce qu’on peut appeler les 4 I ou le quadriptyque de la peur : insécurité, immigration, identité nationale, Islam[5]… Avec l'appui des médias néoconservateurs, ils ont réussi à faire des migrants, des jeunes de banlieue et des musulmans les nouveaux boucs émissaires des maux de la société. Tous ces sujets ne visent qu'à deux choses : faire diversion et division. Cela permet d'effacer en premier lieu la question sociale. Lorsqu'on parle toute la journée de l'Islam ou de l'immigration, on n'évoque plus le système de santé et les services publics en état de décomposition, l'ubérisation, l'inflation, le mal logement, etc. Cela divise également les classes populaires, certains étant accusés par d’autres de profiter des aides ou certains d’être racistes. La gauche n'arrive pas à donner le change face à cette formule. Soit on feint d'ignorer ces problèmes, soit on renvoie son homologue à un racisme décomplexé. La montée de l'intersectionnalité américaine ou autres gender/racial studies dont le packaging a été renommé en France wokisme tend à éloigner la gauche de la question sociale et attire des militants et représentants politiques souvent déconnectés de la base qui ne représentent plus que les bobos urbains.
  6. Il y a une donnée essentielle qui explique le désamour pour la France et le sentiment d'exclusion d'une partie de la population des quartiers populaires d'origine maghrébine ou africaine : le racisme. Quand des personnes subissent quotidiennement des contrôles au faciès ou se voient refuser des emplois ou des logements en fonction de leur couleur de peau ou de leur religion, le modèle universaliste/assimilationniste, qui est supérieur au modèle communautaire anglo-saxon que ce soit en termes de cohésion culturelle ou de paix sociale, ne peut fonctionner lorsque subsiste des différences de traitements. On peut prôner un modèle universaliste/assimilationniste tout en s'attaquant aux discriminations subies par certains de nos compatriotes. C'est d'ailleurs la thèse défendue par Emmanuel Todd lorsqu'il parle de souverainisme inclusif[6]. Il y a une autre voie entre le décolonialisme communautaire de Houria Bouteldja et l'universalisme intransigeant et excluant de Charlie Hebdo. 
  7. Le capitalisme étant un fait social total, comme l'a démontré Marcel Mauss, le racisme ou le sexisme sont inhérents à ce système économique puisque les inégalités formelles, d'ordre socio-économiques, engendrent nécessairement des inégalités informelles (origine, genre, territoires, âge, ...)[7].

 

Nicolas Maxime


[1] Jean-Claude Michéa, Le loup dans la bergerie, Flammarion, 2019.

[2] Christophe Guilluy, La France périphérique : comment on a sacrifié les classes populaires, Flammarion, 2014.

[3] David Goodhart, Tête, main, cœur : La lutte pour la dignité et le statut au XXI siècle, Paris, Les Arènes, 2020.

[4] Emmanuel Todd, Où en sont-elles ? Une esquisse de l’histoire des femmes, Éditions du Seuil, 2022.

[5] Vincent Geisser, Le « quadriptyque » électoral de la peur : immigration, islam, insécurité et identité nationale au programme de l’élection présidentielle, Migrations Société, 187, 3-14, janvier-mars 2022.

[7] Marcel Mauss, Essai sur le don. Forme et raison de l’échange dans les sociétés archaïques, PUF, 1925.

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