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Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...

Barrages politiques et appauvrissement du débat public

Les arguments des deux camps pour former des barrages, soit contre Le Pen, soit contre Macron, se révèlent contre-productifs quand ils ne sont pas tout simplement ineptes. Ils sont relayés dans les médias et sur les réseaux sociaux par des polémistes, des pseudo-philosophes, des journalistes et autres youtubeurs en carton-pâte.

Concernant le barrage anti-Le Pen :

  • L’histoire du RN. On ressort tout le baratin « méchant » antifasciste autour de la création du Front National, devenu par la suite Rassemblement National. Marine Le Pen étant la fille de Jean-Marie, cette dernière serait fasciste ou nazie, voire la réincarnation du diable. C’est un argument ridicule. On a dit exactement la même chose pour Mitterrand en 1981 avec les chars soviétiques. Jospin était un ancien trotskiste : a-t-il instauré la terreur rouge ? Le PCF a été allié de l’URSS : Roussel est-il staliniste ? Côté libertés publiques, les pro-Macron devraient faire preuve de retenue et ne pas utiliser cet argument : ils n’ont rien à envier à Le Pen. Sous quel mandat présidentiel a-t-on assisté à des éborgnements et des mutilations de manifestants ? Quel président a mis en place le pass sanitaire/vaccinal, proche de la philosophie du crédit social chinois ? Qui a fait voter les lois Sécurité globale ou anticasseurs ? Marine Le Pen s’inscrirait plutôt dans un régime illibéral à la Viktor Orbán, loin de la dictature décrite, et en réalité dans une forme de continuité du mandat d’Emmanuel Macron, à ceci près que les droits des immigrés seraient davantage restreints sous sa mandature.
  • Le référendum. Le Pen proposerait de faire entrer la France dans une démocratie référendaire où le peuple pourrait décider de remettre en place la peine de mort ou d’abolir le droit à l’avortement. Selon certains médias, le référendum remettrait en cause la démocratie et ferait basculer dans un régime populiste, voire autoritaire. C’est exactement l’inverse : Marine Le Pen propose d’instaurer le référendum d’initiative citoyenne. 500 000 électeurs pourraient obtenir l’organisation d’un référendum sur une proposition de loi, tant pour « proposer une réforme nouvelle » que pour « abroger ou modifier une loi existante ». Il s’agirait de vivifier la démocratie, contrairement à ce qu’affirment certains médias, qui démontrent surtout leur crainte des décisions populaires : « le peuple voterait mal ».
  • Le mépris de classe. Puisque les électeurs de JLM ne choisissent pas Emmanuel Macron, ils seraient forcément des imbéciles. Voilà un mépris de classe digne de certains soutiens de Macron.

Concernant le barrage anti-Macron : difficile d’entendre un argument plus faible que celui-ci, à savoir qu’il faudrait voter Le Pen car elle serait soutenue par les classes populaires. Du côté du barrage anti-Macron, le niveau n’est guère meilleur. Une partie des classes populaires — celles des campagnes et zones périphériques, des ouvriers, des agriculteurs — vote Le Pen, donc il faudrait voter Le Pen. Et les classes populaires des quartiers populaires ou des centres-villes, les travailleurs sociaux, ceux qui travaillent dans l’aide à la personne, les chômeurs ou les allocataires des minima sociaux, ne feraient-ils pas partie des classes populaires ?

En poussant la logique plus loin : les ouvriers ont voté majoritairement Sarkozy en 2007, aurait-il donc fallu voter Sarkozy[1] ? Si, un jour, une partie des classes populaires votait pour un candidat prônant la privatisation de la Sécurité sociale et la retraite par capitalisation, faudrait-il alors voter pour lui sous prétexte qu’il représenterait les classes populaires ?

Un tel argument apparaît particulièrement faible. Qu’il soit autant relayé sur les réseaux sociaux par des polémistes ou des soi-disant journalistes apparaît inquiétant quant au niveau général du débat politique en France.

 

Nicolas Maxime


[1] Ipsos / Sopra Steria, Enquête sortie des urnes – Élection présidentielle 2007, répartition du vote par catégorie socioprofessionnelle (ouvriers : avantage Sarkozy au second tour).

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