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Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...

Macron / Le Pen : une même philosophie économique

À première vue, Macron propose des mesures antisociales concernant la retraite et le RSA. Marine Le Pen, quant à elle, serait considérée comme la candidate du pouvoir d’achat et des classes populaires. Est-ce que les deux programmes des deux candidats sont radicalement différents ? Lorsqu’on y jette un coup d’œil de près, rien n’est moins sûr.

Les similitudes :

Aucun des deux candidats ne souhaite augmenter le SMIC et les minima sociaux. Les deux candidats ne veulent pas embaucher massivement des fonctionnaires mis à part dans la sécurité et la justice. Les deux candidats sont favorables à des augmentations de salaire mais sans augmenter les cotisations sociales. Emmanuel Macron, lui, veut tripler le montant de la prime exceptionnelle exonérée de charges et d’impôts tandis que Marine Le Pen souhaite augmenter les salaires de 10 % dans la limite de trois fois le SMIC en les exonérant de cotisations patronales. Les deux candidats proposent de supprimer des impôts de production : CVAE pour Macron, CFE et C3S pour Le Pen. Les deux candidats veulent baisser les droits de succession : Macron en portant l'abattement des droits de succession à 150 000 euros en filiation directe et Le Pen en favorisant les donations et en exonérant les biens immobiliers jusqu'à 300 000 euros. Les deux candidats souhaitent supprimer la redevance audiovisuelle et Le Pen veut même privatiser le service public audiovisuel. Les deux candidats souhaitent faire des baisses de dépenses publiques : Le Pen cible les agences de l’État et Macron vise les collectivités territoriales ainsi que des baisses de coûts de fonctionnement liés à la numérisation. Les deux candidats veulent investir massivement dans le nucléaire et la construction de nouveaux EPR. Les deux candidats parlent d’investissements dans les secteurs d’avenir, Le Pen, par la création d’un fonds souverain. Les deux candidats veulent établir la réindexation des retraites sur l’inflation et augmenter le minimum retraite pour une pension complète.

Les différences :

Macron veut conditionner le RSA à des activités professionnelles tandis que Le Pen veut réserver les aides sociales aux Français. Macron souhaite reporter l’âge légal de départ à la retraite à 65 ans tandis que Le Pen accorde la retraite à 60 ans avec 40 années de cotisations pour ceux qui sont entrés avant l’âge de vingt ans sur le marché du travail. Le Pen envisage de nationaliser les autoroutes, ce que ne veut pas faire Macron. Le Pen veut revaloriser les salaires des enseignants sans conditions tandis que Macron envisage une revalorisation des enseignants en échange de nouvelles missions Le Pen veut supprimer l’IFI et instaurer à la place un impôt sur la fortune financière, ce à quoi Macron est opposé. Le Pen veut exonérer d’impôt sur le revenu les jeunes de moins de 30 ans et d’impôt sur les sociétés les jeunes entrepreneurs tandis que Macron souhaite réduire les impôts des couples vivant ensemble hors mariage et PACS. Le Pen veut baisser la TVA sur les énergies.

En analysant les propositions des deux candidats, on se rend compte qu’il y en a en réalité plus de convergences que de divergences. Ainsi, tous les deux prônent une politique économique tantôt libérale, tantôt interventionniste.

Ils partagent des mesures similaires de politique de l’offre consistant à baisser les impôts concernant le capital et les entreprises. Et surtout les deux candidats partagent les solutions d’augmentations des salaires en baissant les cotisations sociales, c’est-à-dire en fragilisant le financement de la protection sociale.

Même sur l’UE, il y a désormais plus de convergences car même si Le Pen souhaite établir la primauté du droit national sur le droit européen, elle ne veut plus sortir de l’euro et ne veut pas remettre en cause les règles budgétaires et celles du marché unique. Les règles budgétaires pourraient d’ailleurs poser un problème à Le Pen en cas de déficit budgétaire important. Ce ne serait pas forcément un problème en soi mais si elle reste au sein de l’UE, elle doit en accepter les règles donc soit elle désobéit et alourdit la dette publique, soit elle augmente les impôts, soit elle diminue les dépenses ou soit elle n’applique pas son programme.

Il y a évidemment quelques différences philosophiques comme sur la retraite, le RSA ou l’impôt sur la fortune mais cela reste minime.

En effet, Macron fait le pari de la croissance et de l’augmentation du temps de travail via la retraite et le conditionnement du RSA tandis que Le Pen veut relancer l’activité par des mesures budgétaires de baisses d’impôts ou d’aides ciblées.

Toutefois, sur l’essentiel, les programmes économiques de Marine Le Pen et d’Emmanuel Macron reposent sur une même philosophie[1], appliquée depuis près de quarante ans : l’ordolibéralisme[2], le programme de Le Pen étant plus coûteux financièrement que celui de Macron.

La différence sur le plan économique entre les candidats tient à une feuille de papier, Le Pen n’est pas plus sociale et Macron n’est pas plus libéral. Les véritables divergences entre les candidats ont véritablement lieu sur des sujets comme l’écologie et l’immigration.

 

Nicolas Maxime


[1] Analyse comparée des programmes économiques d’Emmanuel Macron et de Marine Le Pen, Europe 1, Le Pen vs Macron : quel est leur programme économique pour la France, 11 avril 2022.

[2] L’ordolibéralisme est une doctrine économique selon laquelle l’État doit créer un cadre légal pour le fonctionnement de l’économie et assurer une concurrence libre et non faussée, tout en limitant son intervention conjoncturelle et en se tenant à l’écart du pilotage direct de l’économie. Il valorise la stabilité des prix, l’ordre économique et la régulation institutionnelle plutôt que l’interventionnisme étatique.

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