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Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...

Détruire 1945

Nous venons de célébrer le 8 mai 1945, fête qui a mis fin à la seconde guerre mondiale et a sonné le glas du nazisme. Mais nous avions oublié que 1945 ce fut également le Conseil National de la Résistance, organe qui a unifié les principaux mouvements de résistance intérieure française pendant l’Occupation allemande allant du Parti communiste français à la droite monarchiste en passant par la SFIO, les démocrates-chrétiens et les gaullistes. Son programme nommé les Jours Heureux fut appliqué à partir de 1945[1] :

1945 : création de la Sécurité sociale

1945 : nationalisations : Renault, Électricité de France (EDF), Gaz de France (GDF), grandes banques et assurances.

1946 : statut général des fonctionnaires

1946 : création des comités d’entreprise

Photographie du Conseil national de la Résistance, septembre 1944, attribuée à l’Agence Presse Libération / Forces françaises de l’intérieur (F.F.I.), conservée et diffusée en domaine public via Wikimedia Commons.

Ce fut la naissance de l'État social ou ce qu'on appelle plus communément l'Etat Providence. Mais à partir de 1983 et plus particulièrement depuis 1986 avec les privatisations mises en œuvre par Jacques Chirac, tous les gouvernements successifs ont mis en place une série de réformes de la protection sociale et du droit du travail et des privatisations qui ont méthodiquement déconstruit les piliers de l'après-guerre.

Ces politiques ont rendu inopérants les services publics en créant une véritable bureaucratisation comme les ARS ou la T2A à l'hôpital[2]. On a vu émerger un « État Pourboire », SOUS CONDITIONS DE RESSOURCES afin de permettre aux populations précarisées de survivre tout en les stigmatisant comme « assistées ». Parallèlement, un « État Capital » s’est imposé, mettant la puissance publique au service des marchés financiers et des multinationales comme l'a démontré le rapport du Sénat avec les aides aux entreprises évaluées à 211 milliards d'euros : exonérations de cotisations sociales, crédits d'impôts et subventions[3]. Un État Capital qui prend de plus en plus de place, transformant l'impôt, jadis outil de redistribution sociale, en un levier de compétitivité et de perfusion pour le secteur privé, tout en vidant les caisses des services publics essentiels.

​​Si Emmanuel Macron a initié les réformes attendues par les néolibéraux (retraites, chômage, RSA), les crises successives — Gilets Jaunes, Covid, Ukraine — ont freiné cette marche forcée. Pour les partisans d'une rupture nette, le remède est désormais radical. À l'instar du modèle argentin de Javier Milei, certains appellent désormais de leurs vœux une « crise à l'argentine » pour justifier une thérapie de choc.

Désormais les néolibéraux de l'extrême centre et les libertariens de l'extrême droite veulent aller plus loin et sortir la tronçonneuse. Laurent Obertone souligne que, malgré l'augmentation massive de tous les budgets, les services ne cessent de se dégrader — sans comprendre ou en ignorant volontairement que les services publics ont été affaiblis par plusieurs décennies de réformes inspirées du New Public Management et des politiques néolibérales, plutôt que par un prétendu « excès » de fonctionnaires ou de dépenses publiques. Selon lui, cet argent s'évapore dans une administration tentaculaire, alimentant des comités et des mécanismes de « recasage » où l'argent public est dépensé sans souci d'efficacité. Il estime que nous sommes en bout de cycle et qu'il faudra sans doute passer par une crise violente, pour que l'on sorte enfin la tronçonneuse et que l'on rompe avec ce système.

Car il s'agit, au fond, de ce que préconisait Denis Kessler : défaire méthodiquement le programme du CNR et, enfin, DÉTRUIRE 1945 pour mener à bien la contre-réforme du capitalisme néolibéral débutée dans les années 80[4].

 

Nicolas Maxime


[1] Conseil national de la Résistance, Les Jours heureux – Programme du CNR, adopté le 15 mars 1944.

[2] Les Agences régionales de santé (ARS) ont été créées par la loi n°2009-879 du 21 juillet 2009 (dite loi HPST) afin de regrouper au niveau régional la gestion et la régulation du système de santé. La tarification à l’activité (T2A), instaurée progressivement à partir de la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2004, constitue un mode de financement des hôpitaux basé sur les actes et les séjours réalisés.

[3] Sénat, Commission d’enquête sur l’utilisation des aides publiques aux entreprises, Rapport n°808 (2024-2025), tome I, 1er juillet 2025.

[4] Denis Kessler, Adieu 1945, raccrochons notre pays au monde, Challenges, n° 7, 4 octobre 2007.

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