Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...
On apprend malheureusement que la Scop Duralex est à nouveau en procédure de redressement judiciaire.
Duralex, c’est l’histoire d’une entreprise française emblématique, celle des verres de cantine de plusieurs générations, qui a tenté de briser la fatalité. Moins de deux ans après son sauvetage historique par ses propres salariés sous la forme d’une Société coopérative de production (Scop), l’entreprise a été rattrapée par la réalité. Malgré une immense vague de solidarité et une levée de 7 millions d’euros auprès des Français l’année passée, l’usine de La Chapelle-Saint-Mesmin et ses 243 salariés retombent dans l’incertitude[1].
Bien entendu, plusieurs difficultés concrètes expliquent cette nouvelle procédure judiciaire : une trésorerie exsangue, asphyxiée par les coûts de l’énergie, ainsi que des crises de gouvernance interne ayant conduit à l’éviction de la direction.
Mais le problème dépasse largement le seul cas de Duralex.
Une Scop reste soumise aux contraintes du système capitaliste et à une concurrence exacerbée. L’autogestion se heurte de plein fouet au manque de soutien du système bancaire traditionnel, tandis que le capitalisme fonctionne selon une logique de rentabilité à court terme. Une coopérative isolée dans un marché libéral mondialisé demeure dépendante des mêmes contraintes financières et des mêmes banques privées, qui refusent de financer durablement un fleuron industriel si celui-ci n’est pas jugé suffisamment rentable selon leurs critères.
Le cas Duralex montre ainsi les limites structurelles du modèle coopératif lorsqu’il reste isolé dans une économie capitaliste financiarisée.
L’échec apparent de la Scop Duralex n’est pas celui de l’autogestion ni de la capacité des travailleurs à diriger leur propre outil de production. On ne peut pas faire vivre durablement un îlot de démocratie ouvrière dans un océan capitaliste sans modifier profondément les règles du jeu, à commencer par celles du financement de l’économie.
Une solution pourrait être la socialisation de l’investissement à travers la création d’un fonds social d’investissement. Les entreprises coopératives pourraient ainsi s’émanciper des banques commerciales en accédant à des crédits de long terme à taux zéro ainsi qu’à des subventions publiques. Cette idée, défendue notamment par des économistes comme Bernard Friot, Benoît Borrits ou Tony Andréani[2], permettrait de financer la production selon des critères d’utilité sociale et écologique plutôt qu’en fonction de la spéculation ou de la rentabilité financière immédiate.
Le cas Duralex démontre finalement qu’aucune expérience d’autogestion ne peut réellement se développer durablement sans transformation des institutions financières et du système économique lui-même.
Nicolas Maxime
[1] Info.fr (AFP), Duralex placé en redressement judiciaire, 2 juin 2026, https://info.fr/duralex-redressement-judiciaire-2026-scop-loiret.
[2] Bernard Friot, L’enjeu du salaire, La Dispute, 2012 ; Benoît Borrits, Coopératives contre capitalisme, Syllepse, 2015 ; Tony Andréani, Le socialisme est (a)venir, Syllepse, 2001 (rééd. 2004), coll. « Utopie critique ».