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Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...

Émeutes du PSG : ce que la gauche et la droite ne comprennent pas

Face aux émeutes survenues à la suite de la victoire du PSG en Champions League, les commentateurs de gauche comme de droite restent enfermés dans leurs postures idéologiques et passent totalement à côté du sujet en refusant de voir ce que ces violences disent réellement de notre époque. Ces émeutiers font partie du lumpenprolétariat, manifestation de l’atomisation de la société et du nihilisme contemporain.

D’un côté, une droite obsédée par l'identité, propose une lecture purement raciale des événements. L'affaire serait entendue : la majorité de ces jeunes étant d'origine maghrébine ou africaine, les violences seraient, selon eux, avant tout le produit de leur culture ou d’un déficit d’assimilation. C'est évidemment une interprétation raciste et essentialiste qui remplace l'analyse sociale par la stigmatisation de populations entières. En somme, pour une partie de la droite, les jeunes ayant une ascendance immigrée, les Karim et les Moussa, deviennent des délinquants en puissance du seul fait de leur prénom ou de leur couleur de peau. Peu importe qu'on retrouve le même type de violences urbaines à la Scampia à Naples ou à São Paulo, ou même au sein des métropoles blanches américaines lors des finales NBA. En fait, il s'agit surtout pour la droite de se focaliser sur l'identité et d'instrumentaliser la guérilla urbaine afin de mobiliser, par la suite, un agenda sécuritaire en vue des élections.

À gauche, on a encore une autre lecture liée cette fois-ci au genre. Le football serait lié à une culture patriarcale. Les émeutiers seraient majoritairement des hommes, et cette violence ne serait que l'expression d'une « masculinité toxique » ou d'un entre-soi viriliste à déconstruire. Pour faire simple : les hommes sont tous potentiellement violents. C'est une grille de lecture sociétale, obsédée par les questions de genre, qui passe totalement à côté de la réalité matérielle. En moralisant à l'excès, les néoféministes cherchent à imposer leurs analyses et à vouloir rééduquer tout le monde. Cela confirme qu’une partie de la gauche s’est écartée de la question sociale au profit des conflits culturels.

À ces lectures identitaires, il faut opposer une lecture de classe. Une partie de ces jeunes émeutiers appartient à ce que Karl Marx appelait le lumpenprolétariat[1], c’est-à-dire d’une sous-classe composée de personnes en marge, notamment des voyous, dépourvue de conscience de classe et détachée du travail productif, uniquement guidée par des comportements impulsifs ou destructeurs. Là où la classe ouvrière pouvait s'organiser autour d'intérêts communs et porter un projet politique, le lumpenprolétariat se comporte de manière dispersée et immédiate. Marx lui-même considérait cette catégorie avec méfiance, estimant qu'elle pouvait être manipulée aussi bien par les classes dominantes que par les aventuriers politiques.

Les émeutiers du PSG s’inscrivent pleinement dans cette logique parce qu’ils ne cherchent pas à renverser le capitalisme mais veulent au contraire y trouver leur place. Leur frustration naît ainsi d'une exclusion de ce marché de la consommation parce qu'ils ne peuvent pas en profiter immédiatement. On peut le comprendre à travers la théorie du désir mimétique selon René Girard[2] puisque ces jeunes ne rejettent pas les modèles de réussite de la bourgeoisie : ils les imitent de manière pulsionnelle. N'ayant pas les moyens d'y participer, ils s'approprient par le pillage ces produits de luxe pour acquérir les mêmes fringues de marques et les mêmes signes de distinction que les classes plus favorisées.

Regardons concrètement ce qui est ciblé lors de ces émeutes : les vitrines de marques de sportswear, les enseignes d’électronique ou les boutiques de luxe. Le pilleur est le consommateur parfait produit par le capitalisme néolibéral. Ainsi, les émeutiers se filment en direct sur TikTok ou Snapchat pendant les scènes de casse dans une forme de mise en scène de soi-même, dans le sens debordien du terme[3]. C’est ce qu’on appelle la culture du « flex », où il s’agit d’afficher sa réussite qui passe par la possession de biens matériels, mais aussi par la démonstration de ses compétences, permettant d’exister dans le regard des autres.

On peut aussi y voir une lecture civilisationnelle. L’Occident en phase terminale n'a plus rien à offrir comme avenir à sa jeunesse que le consumérisme et le divertissement de masse : le fameux « du pain et des jeux ». Ces jeunes émeutiers, privés de médiations collectives et d'un projet commun, ont une attitude purement nihiliste, trouvant dans l'immédiateté du pillage et la casse des biens publics un moyen de combler leur vide existentiel. Ils ne détruisent pas parce qu'ils n'aiment pas la France ou par excès de virilité mais parce qu'ils n'ont plus rien à perdre ou à espérer d'une société qui ne repose plus elle-même que sur le rien. C'est la thèse développée par Emmanuel Todd dans La Défaite de l'Occident[4] qui fait le constat d'un vide moral et religieux, d'une décomposition des institutions comme la famille, la religion ou la nation qui donnaient un sens à la vie individuelle et structuraient la collectivité. Il y a quarante ans, les quartiers populaires étaient encore encadrés par des corps intermédiaires tels que le Parti Communiste, les syndicats ouvriers, les réseaux d’éducation populaire, les clubs sportifs associatifs laïques ou confessionnels qui canalisaient la colère, offraient une identité collective et une perspective politique. Aujourd'hui, toutes ces médiations collectives ont été dissoutes par le néolibéralisme. Il ne reste plus que l'individu, isolé, seul face à son smartphone et face au marché. Le club du PSG, lui-même, n'est plus une association sportive ancrée dans un territoire et une histoire populaire mais est devenu une multinationale du divertissement mondialisé, propriété d'un État souverain étranger. Cette désintégration des liens sociaux trouve dans ces épisodes de violence une expression directe : ces émeutes de fin de match ne sont plus que le reflet d'une société atomisée qui s'effondre sur elle-même.

La gauche et la droite ne comprennent rien à ces émeutes du PSG parce qu'elles sont prisonnières de leurs obsessions respectives et incapables de saisir la double nature, à la fois sociale et civilisationnelle, de cette crise. Ces jeunes émeutiers ne sont ni une menace existentielle pour le pouvoir en place, qu'ils ne cherchent pas à renverser, ni un espoir pour le peuple mais simplement un symptôme supplémentaire du nihilisme occidental.

 

Nicolas Maxime


[1] Karl Marx, Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte, Flammarion, 2007 (1852).

[2] René Girard, La violence et le sacré, Grasset, 1972.

[3] Guy Debord, La Société du spectacle, Buchet-Chastel, 1967.

[4] Emmanuel Todd, La Défaite de l’Occident, Gallimard, 2024.

Article paru dans la revue Royaliste N°1326
Article paru dans la revue Royaliste N°1326

Article paru dans la revue Royaliste N°1326

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