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Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...

L'illusion du salaire net : des cotisations à l’augmentation des factures

Aujourd'hui, les néolibéraux et autres libertariens comme Gabriel Attal ou Philippe Juvin proposent de rapprocher le salaire net du brut en supprimant les cotisations salariales. Imaginons un seul instant ce qu'il se passerait si on allait au bout de cette logique en instaurant le système par capitalisation, les assurances privées (mis à part la CSS et les ALD), le chèque scolaire et en supprimant les dépenses liées au logement social.

Ce serait magique. En promettant aux classes moyennes et populaires une baisse massive des prélèvements obligatoires, une réduction du coût du travail et un salaire net qui se rapprocherait enfin du salaire brut, il suffirait alors de faire croire que chacun y gagnerait, sans jamais expliquer qui financerait demain la protection sociale. Cependant, comme ces dépenses existeraient toujours, puisque les besoins actuellement (partiellement) socialisés existent bel et bien, elles ne seraient plus assurées par la Sécurité sociale ou le service public, mais par le marché, le contribuable ou l'assuré social, devenu simple souscripteur ou client d'une entreprise. Comme le marché se moque bien de la solidarité, la facture augmenterait, tout comme le reste à charge.

Cette logique de transfert du public vers le marché privé est d'ailleurs déjà à l'œuvre à travers les exonérations de cotisations patronales (qui s'élèvent aujourd'hui à 76 milliards d'euros en 2024[1]). Comme le démontre le sénateur Fabien Gay, ces allègements accordés au patronat constituent un véritable « vol du salaire des travailleurs » (le salaire super-brut).

En réalité, le patronat ne payant plus sa part, c'est le budget de l'État qui doit compenser le manque à gagner pour la Sécurité sociale. Ce que le citoyen pense « gagner » d'un côté est immédiatement repris de l'autre : le contribuable se retrouve à financer lui-même, par ses impôts, les cadeaux faits aux entreprises. C'est le principe des vases communicants : on le perd de la main gauche pour le remettre de la main droite.

Les grands gagnants d'une privatisation de la Sécurité sociale et des services publics seraient les hauts revenus et patrimoines, car ils bénéficieraient au maximum de la baisse des impôts et des cotisations. Ils payaient proportionnellement plus pour la solidarité nationale qu'ils ne recevaient en services publics. De plus, leur capacité d'épargne leur permettrait de placer des sommes importantes pour leur retraite par capitalisation, générant des rendements financiers potentiellement supérieurs à ce que propose un système par répartition. Parmi les autres gagnants figureraient les marchés financiers, les assureurs et les fonds de pension, qui capteraient une manne financière gigantesque.

Les grands perdants seraient évidemment les classes populaires et moyennes basses, qui verraient leur maigre gain de salaire net dévoré par la « facture de vie ». Les retraités verraient leurs droits rognés, les malades hors ALD subiraient des primes d'assurance prohibitives et les familles modestes feraient face à une précarité résidentielle ainsi qu'à des établissements scolaires ghettoïsés. Une telle évolution entraînerait vraisemblablement une forte hausse de la pauvreté, des inégalités socio-économiques et des inégalités d'accès aux droits fondamentaux. Cela aurait également des conséquences négatives en termes de cohésion sociale : surendettement massif des ménages, augmentation du mal-logement et du sans-abrisme, recul de l'espérance de vie en bonne santé, aggravation des fractures territoriales, progression de diverses formes de délinquance et d'insécurité liées à la précarisation. Pire, cela serait même défavorable pour les entreprises qui, bien que bénéficiant dans un premier temps de la baisse des cotisations sociales, se retrouveraient rapidement confrontées à une contraction de la demande intérieure provoquée par l'augmentation des dépenses contraintes des ménages et la baisse du pouvoir d'achat réel.

Aujourd'hui, les classes populaires et moyennes doivent ouvrir les yeux sur l'arnaque proposée. L'illusion libertarienne consistant à dépenser moins en impôts et cotisations pour payer davantage de factures privées ne va pas les enrichir, bien au contraire. En fait, le but ultime est de vendre la Sécurité sociale et les services publics — ces derniers vestiges du programme de 1945 du Conseil national de la Résistance[2] — aux marchés financiers et aux multinationales, transformant définitivement nos droits sociaux en simples produits de consommation lucratifs.

C'est l’illusion du salaire net qui consiste à remplacer les cotisations par une augmentation des factures.

 

Nicolas Maxime


[1] Sénat, Rapport sur le PLFSS 2024, n° 84 (2023-2024), tome II.

[2]  Conseil national de la Résistance, Les Jours heureux – Programme du CNR, adopté le 15 mars 1944.

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