Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...
Matthieu Pigasse, souhaite lancer une chaîne d'infos de gauche sur la TNT. Le multimillionnaire, souvent qualifié de « Bolloré de gauche », incarne à lui seul toutes les contradictions d’une certaine élite contemporaine. Peut-on sincèrement mettre en œuvre des fusions-acquisitions monumentales la journée et se réclamer d’un idéal de transformation sociale le soir ? La réponse est non. S'il est tout à fait possible pour Pigasse d’appartenir à ce que l'on appelle désormais la « Gauche du Capital »[1], il ne saurait en aucun cas être qualifié de socialiste.
C'est précisément ce que démontre aujourd'hui son écosystème médiatique (Radio Nova, Les Inrockuptibles, Mediawan...). En salariant des figures de la satire politique radicale comme Guillaume Meurice, Charline Vanhoenacker, Pierre-Emmanuel Barré ou Aymeric Lompret, ce multimillionnaire de la finance démontre la capacité du grand capital à s'approprier la contestation pour en faire un produit marchand rentable. L'impertinence devient une niche commerciale et un outil d'influence qui canalise la critique vers le divertissement et les débats sociétaux, tout en neutralisant toute contestation économique réelle. Cette logique rappelle l’analyse de Guy Debord dans La Société du spectacle[2] : la critique elle-même peut être intégrée au système marchand, pour devenir un élément de consommation.
La Gauche du Capital possède sa propre feuille de route. Elle prône la taxation des riches (souvent avec une progressivité modérée qui ne menace jamais le cœur du système) et fait de la lutte contre les discriminations son principal cheval de bataille. Cette posture présente un double avantage pour l'élite financière car elle permet d'acheter une bonne conscience sociétale à moindres frais et déplace le débat politique du terrain économique vers le terrain culturel, évitant ainsi de remettre en question les structures mêmes de la richesse. C'est le progressisme des salons et des banques d'affaires.
Être socialiste ne se résume pas à distribuer quelques miettes fiscales ou à défendre des causes sociétales majeures. Le socialisme historique, le vrai, exige une rupture structurelle avec le capitalisme. Il repose ainsi sur la socialisation par la réappropriation collective des moyens de production et la fin de l'exploitation des travailleurs par une minorité de détenteurs de capitaux.
On voit immédiatement l'incompatibilité majeure. Comment un banquier d'affaires, dont le métier même est de maximiser et de concentrer le capital financier à l'échelle mondiale, pourrait-il défendre la socialisation des moyens de production ? Ce serait exiger sa propre disparition.
Le « Bolloré de gauche » reste, avant tout, un Bolloré dans sa structure économique : un homme de pouvoir, de médias et du monde financier. En choisissant le camp de la Gauche du Capital, cette élite choisit un capitalisme à visage humain, repeint aux couleurs de la taxation des riches et de lutte contre les discriminations.
Mais ne nous y trompons pas parce que ce positionnement est une stratégie de conservation, pas de révolution. Entre la réforme cosmétique du système et le projet socialiste de redistribution radicale des structures de production, il y a un gouffre qu'aucun carnet de chèques, aussi grand soit-il, ne pourra jamais combler, « Bolloré de gauche » ou pas.
Nicolas Maxime